Quand le téléphone sonne…

Ce matin, mon téléphone a sonné tôt  pour un dimanche. J’ai bondi de mon lit. Je me suis habillée. 

Quand je suis d’astreinte, je fonce quand le téléphone sonne.

Je suis arrivée au bureau de vote à l’ouverture. Je pensais être la première mais il y avait déjà du monde. Je suis fière de mon petit village de 500 âmes.

Il faut prendre les bulletins. Je ne les prends pas tous. Je choisis. Disons que je les prends quasi tous sauf ceux qui me brûlent les mains.

Je ne vais pas donner de noms mais disons que ceux qui prônent le repli sur soi ou un retour à un ancien temps, très peu pour moi. 

J’arrive dans l’isoloir et je dois choisir. Deux me font hésiter. Entre un choix de ma famille-de-cœur-mais-que-la-encore-une-fois-ils-ne-sont-tous-unis-derriere-leur-candidat-comme-depuis-3-elections-successives. J’aime bien ce candidat mais je pense qu’il est perdu dans sa propre famille.

Et l’autre que je qualifierai d’ambidextre. Il est convaincant sur certains points. Un peu moins sur d’autres me concernant.

J’ai retourné les papiers. Je les ai mélangé. J’en ai pris un et je l’ai mis dans l’enveloppe. 

J’ai retourné celui que je n’ai pas choisi. J’ai souri.

Bref, j’ai voté.

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Le petit patient

J’ai toujours une appréhension quand c’est mon tour.

Je parcoure le long couloir qui m’amène de notre bureau aux patients en attente.

Je me répète ce que je vais lui poser comme question. Je le tutoie ou je le vouvoie? Est ce que je lui pose les mêmes question qu’aux autres patients?

J’approche des portes. Elles s’ouvrent. Je prends une grande respsiration et mon plus beau sourire.

« Salut, je m’appelle Des idées d’IDE, je suis infirmière de Bloc opératoire, c’est moi qui vais t’accompagner en salle et je resterais présente. »

Ok donc je le tutoie. C’est venu comme ça spontanément. Un coup d’œil aux parents avec un hochement de tête pour dire bonjour.

Accueillir un enfant au Bloc, c’est toujours délicat. Enfin pour moi. Cet enfant, il a juste 2 ans de plus que mon fils.

Je lui pose des questions tout en regardant des parents pour etre sûre des réponses.

Nom? Prénom ? Date de naissance? À jeun? Lavé à la Betadine? Pas de réactions allergiques ? Des allergies connues? Du matériel métallique dans le corps? Plaque ? Clou? Vis? Prothèse? Pace maker? Pas de prothèse dentaires ? Auditives? Lentilles de contact?
Les questions basiques…

Les parents sont tout sourire. Il répond timidement. Il a une petite voix. Les lèvres qui sourient et les sourcils froncés trahissant une peur.

On sent qu’il se contient. Je dois temporiser car la salle n’est pas prête. Je tente de faire la conversation. J’explique aux parents de ne pas attendre ici car le temps risque de leur paraître long. 

Je sors les rames et je pose plein de questions: quelle classe? Sa matière préférée? Son sport préféré ?

On le rentre enfin en salle opératoire. Il est super calme. 11 ans. Il n’en est pas à sa première intervention. De manière générale, les gens qui viennent je les trouve étonnamment calme, mais les enfants forcent encore plus l’admiration. 

Il est au centre de la salle et tout le monde s’active. Là, c’est de la rythmologie, pas du cardiaque. On va juste changer son boîtier de pace maker. Mais quand même.

Pendant qu’on lui pose le matériel de surveillance, je reste à côté pour papoter et lui changer les idées. Il y a toujours un implicite dans la salle quand il y a un enfant, on se moque gentiment les uns des autres. Se chambrer devant eux comme une sorte de spectacle.

J’ai juste envie d’attribuer un mauvais point à l’intervenant du fabricant de Pace Maker qui lui a dit: « On va te mettre un super appareil. Une vraie bombe. »

Ouai…je sais pas si en tant qu’enfant j’aurai voulu qu’on me dise qu’on va me mettre une BOMBE connectée à mon cœur…

L’intervention se passe. Et puis on attend le réveil….on attend…

Il etait bien endormi. On l’appelle par son prénom. Pas de réaction. Une heure passe en salle.

Et d’un coup, il refait surface. Il ouvre les yeux. Il parle d’un coup net distinctement. Je lui dis que c’est fini et que ça s’est bien passé. Il est tout sourire. On le dé-scope. 

Il est tout sourire et en sortant de la salle operatoire, il lève le bras et me dit: « Au revoir, Des idées. »

J’ai eu une série de tentatives (qui ont échouées) de réanimation d’enfant ces derniers mois qui m’ont beaucoup affectées, alors j’avoue que voir partir cet enfant tout sourire et qu’il m’appelle par mon prénom, ça m’a mis du baume au cœur.

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Ça tient parfois à peu de chose.

Quand je suis arrivée au bloc, les chirurgiens me faisaient un peu peur.La chirurgie me faisait peur. Je craignais toujours de faire une erreur qui allait être délétère pour le patient.

Je me suis détendue et appréhende différemment mon métier, avec bien moins de stress.

Les chirurgiens ne vous accordent pas de suite leur confiance. Cela s’acquiert. 

En un an et demi, sur les 7 chirurgiens, 5 m’apprécient aujourd’hui. Il y en a deux pour lesquels c’est compliqué.

Il y en a un qui ne m’aime vraiment pas. Chaque geste de ma part se transforme en reproche de son côté. Je n’ouvre pas la bouche de l’intervention. Ça me passe au dessus de la tête. Je ne suis pas là pour etre amie avec les chirurgiens. Je suis là pour le patient. Je fais du mieux que je peux avec les connaissances qui m’ont été transmises. Ça se passe bien avec la majorité des chirurgiens donc ça va pour moi. Mais j’avoue que si je peux éviter une intervention avec celui là je le fais.

L’autre chirurgien provoque chez moi un malaise. C’est le professeur du service. Il est deux fois plus grand que moi, la voix grave, l’air énervé. J’ai l’impression d’être devant mon papa qui me grondait quand petite je venais de faire une bêtise.

Je bégaye, je bafouille. J’ai 40 ans bientôt mais quand je suis face à lui j’ai 8 ans et je viens de casser la vitre du salon avec mon ballon.

Enfin ça c’était avant. Ces derniers temps je l’ai beaucoup instrumenté. Je vois bien qu’il est aussi mal à l’aise avec moi. Je réalise que je ne suis pas sûre qu’il connaisse mon prénom. Il se détend petit à petit avec moi mais ça reste distant avec moi alors qu’il plaisante avec mes collègue. 

Et puis un jour, en pleine intervention, des drains qu’on déplace, je me prends une grosse giclée de sang sur le front. Il éclate de rire. Apres que ma collègue ait enlevé ce qui risquait de retomber dans le champ, il me reste un gros point rouge sur mon callot. Ça le fait rire. Il se met à plaisanter avec moi et m’appelle par mon prénom. Il me tutoyait avant et se met à me vouvoyer.

Quand je pense que tout ne tenait qu’à une petite giclée sur le visage! 
(J’ai bientôt 40 ans mais je pouffe de rire d’avoir écrit cette dernière phrase qui au départ se voulait innocente!)

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Faut-il se protéger ?

Sur les 2 dernier mois, les émotions ont été intenses au bloc.

Sans doute les plus intenses depuis mes débuts.

Beaucoup de jeunes, pas mal de décès, des femmes enceintes dont une avoir la césarienne au bloc cardiaque, deux patients dont on voit l’aorte lâcher et pour lesquels nous n’avons presque rien pu faire, des décès, pas mal de tamponnades sur des cas qui devaient être simples.

Est ce que j’étais inconsciente de ce qui se passait au début ou est ce que sur les deux derniers mois nous n’avons tout simplement pas eu de chance?

Il y a quelques temps un IADE nous disait qu’on était privilégié au bloc par rapport à la réa car nous n’avons pas à nous confronter à la famille, ses peurs et sa tristesse.

C’est vrai. Mais nous faisons face parfois à des situations compliquées.

Vendredi, nous avons quelques minutes de calme et nous en avons profité pour parler un peu de notre semaine. Ma collègue me raconte qu’elle s’est retrouvée avec une jeune femme qui avait été endormie pour une greffe cardiaque mais pour laquelle nous n’avons finalement pas accepté le cœur du donneur. La patiente avait dû être réveillée en réanimation où il lui a été annoncé qu’elle n’avait pas été greffée.

En me racontant ça, elle écrase une larme. La patiente a l’âge de sa fille. Elle imaginait la déception qu’elle avait pu avoir.

Moi, je lui raconte ma nuit atroce. Une patiente qui devait juste avoir un point sur l’oreillette. Une patiente qui avait quasi la même date de naissance que moi, les enfants du même âge que les miens, une vie proche de la mienne, presque mon double.

En l’ouvrant, tous les tissus partent en lambeaux. A force de vouloir réparer, au declampage de l’aorte, elle se déchire de partout. J’explique à mes collègues, la larme à l’œil, que c’est éprouvant, stressant de voir une cage thoracique se remplir de sang à presque déborder. Je ne sais pas par que miracle cette femme s’en est sortie vivante de son intervention mais ses jours sont comptés.

Le troisième collègue raconte lui comment il a été éprouvé par la mort d’un jeune de 20ans. Il est plutôt bourru mais on le sent affecté.

Lui: « Il faut qu’on se protège plus. »

Moi: « De? »

Lui: « De tout ça. Regarde, on a passé du temps à parler avec les patients et on est touchés. »

Moi: « On est touché par la Vie. En vrai, on est touché par des gens qui nous racontent l’intime, on est ensuite dans l’intimité de leur corps. Certains sont morts, d’autres sont en vie mais une chose c’est que nous sommes bien vivants, nous.  Je refuse de m’épargner des émotions. Faut vivre à fond. Ne pas se laisser envahir par les émotions négatives, OK. Savoir tempérer, repérer ses failles, OK. Mais pour le reste, je vais au devant des émotions. Hors de questions de s’épargner de vivre! »

Je crois que ce qui a radicalement changé en moi depuis le début de mes études d’infirmière, c’est ma soif et de vivre intensément.

Je ne veux pas avoir de regrets. Regarder la vie passer.

Il me semble que ça été au premier mort que j’ai du voir en maison de retraite. 

Je pense que c’est ce qui a fait ma séparation avec le père de mes enfants. La tiédeur me consumait de l’intérieur paradoxalement. 

D’être confrontée presque quotidiennement à la mort me donne une furieuse envie de vivre. Sans trop me protéger des émotions fortes. 

Et vous? Allez vous au devant de vos émotions ou mettez en place des protections? Lesquelles?

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Tu es infirmière 

Il y a bientôt deux ans, je prenais un verre avec une amie.

On était en août et c’était notre dernière soirée ensemble. Elle etait en partance pour la Nouvelle-Caledonie.

On allait pas se revoir de si tôt.

On a bu une bouteille puis deux. On etait deux. On etait bien joyeuse. On s’est raconté des pans de notre vie. Il y’a des choses que j’ai découvert sur elle. Pourtant on s’en est raconté des choses depuis deux ans qu’on se connaissait.

La rencontre est amusante.

La première fois que j’ai entendu parlé d’elle, c’etait à l’IFSI. En conseil pédagogique, on nous présente son dossier. Étudiante brillante qui souhaite changer de région en cours de scolarité pour suivre son conjoint. La directrice lit son dossier tout le monde lève la main unanimement pour l’accepter.

Et puis un jour, durant l’été, je reçois un message sur ma page « des idées d’ide »

« Salut, comme toi, je vais faire un stage en neurochirurgie. »

« Où ça ? »

Ma ville. Elle me raconte son parcours et je reconnais l’étudiante dont on avait parlé. Elle a choisi un des autres ifsi de ma ville. Je fais semblant de ne rien savoir.

On se rencontre en stage et elle me parle de « des idées ». Je fais encore semblant.

Et puis, elle me grille.

Il y a eu entre elle et moi un vrai coup de foudre amical. On se prenait des pauses dans les escaliers pour se raconter nos vies. Puis chez l’une et l’autre. On s’est suivi. J’ai été heureuse pour son diplôme, elle etait triste qu’on ne soit pas diplômée en même temps.

Je reviens à cette soirée arrosée. Je lui disais que je ne me sentais pas legitime en infirmière. En ayant eu mon diplôme un an après les autres, j’avais l’impression de ne pas l’avoir mérité. On etait en août, j’étais diplômée depuis un mois et je n’avais envoyé aucun CV.

A un moment de la soirée, elle m’a fait tout un monologue ponctué de « tu es infirmière ». Elle a repris mes éléments de vie, de scolarité et revenais le « tu es infirmière ».

À chaque fois que j’ai des doutes, j’ai son « tu es infirmière » qui revient.

Aujourd’hui, MERCI facebook, on reste en contact. 

Mais voilà qu’il y a 3 jours, alors qu’on est au téléphone, qu’elle me raconte ses missions de santé de publique auprès de population dans la brousse et son rôle d’infirmière scolaire en parallèle, qu’elle me parle de la précarité de ses postes, elle me dit: « je ne me sens pas infirmière au sens propre du terme. »

Parce que pas de geste techniques?

Parce que précaire?

Pardon?

Quand tu aides les jeunes au sein de leur collège, tu es infirmière.

Quand tu agis auprès de familles, tu es infirmière.

Quand tu t’adaptes aux us et coutumes locales, tu es infirmière.

Quand tu fais de la prévention, tu es infirmière.

Quand tes collègues ne vont pas bien et viennent te voir pour pleurer sur ton épaule et que tu les réconfortée, tu es infirmière.

Quand tu sens que ton amie tombe et que tu l’appelles dans la minute, tu es infirmière.

Ma Fred, tu es infirmière.

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Retour à la case départ..

Cela fait quelque semaines que je suis assaillie de doutes.

Mes conditions de travail sont compliquées. Je ne m’en rendais pas compte en tant que stagiaire. La journée je cours dans tous les sens. J’ai à peine le temps de me poser pour déjeuner. Le Bloc operatoire est particulièrement épuisant. Les interventions sont longues, je reste debout sans m’asseoir, sans manger, sans boire dans une espace restreint pendant parfois 7 à 8h.

On galère avec nos commandes. Les chirurgiens sont exécrables et nos cadres ne reconnaissent pas le travail fourni.

Ma vie personnelle est impactée. Je suis épuisée le soir pour mes enfants. Je suis stressée et donc parfois exécrables avec eux, mon entourage.

Il me devient compliqué de refaire ma vie entre mon planning chargé et tout ce que je vis au Bloc qui me laisse parfois de moments de stress importants.

Le hasard m’a fait rencontrer mercredi dernier ma dernière DRH à la banque. Nous avons discuté longuement. Je lui racontais mes désillusions.

« Tu sais, si tu le souhaites, tu peux réintégré la banque. »

Elle me propose le lendemain un rdv avec celui qui la remplace.

Grande conversation. « Vos capacités et compétences sont reconnues ici. »

Quand j’étais sur place, je me demandais si je ne ferais mieux pas de repartir direct car j’aime mon métier d’infirmière.

Et puis les propositions sont venues. Un poste de conseiller pour les professions libérales puis à moyen terme un poste de direction d’agence.

Je suis partie en disant que je réfléchirais. Et je crois que ma décision est prise.

Lundi, j’accepte cette proposition. Les conditions de l’hôpital m’épuisent. J’aime ce métier mais je veux retrouver une vie posée et calme.

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La valse à mille temps

Il y a une progression dans l’apprentissage de l’instrumentation.

Ici, on commence par les pontages.

On avance en doublure, avec une collègue qui nous explique ce que l’on doit faire. On y va progressivement. On détaille chaque temps operatoire.

Et petit à petit, on devient apte à faire les pontages à cœur arrêté. Puis on apprend les pontages à cœur battant.

Ensuite, on se lance dans les remplacements de valves aortiques. On est doublé qu’une seule fois ensuite sur la plupart des autres interventions car une fois qu’on connaît les temps opératoires des pontages et valves aortiques, on peut faire la plupart des interventions.

Mais il arrive que parfois on ne puisse pas être doublée ne serait ce qu’une seule fois. C’est là que tout est chirurgien dépendant.

Vous avez le chirurgien qui va être stressé. Sur le coup, quand vous lui expliquez que c’est la première fois que vous faites cette intervention. Il fera semblant d’être calme mais va s’énerver à votre première question. Et là, c’est parti pour un long moment avec un chirurgien qui s’emporte. Il crie sur tout le monde. La pédagogie est médiocre mais bien évidemment on arrive au bout de l’intervention. Personne ne sort serein de ces moments. On ne peut même pas dire que ça le soulage de son stress. Bien au contraire.

Et chez nous, il y a un chirurgien qui prend les choses autrement.

Sa phrase: « L’instrumentation, c’est comme la danse. Tout dépend de votre partenaire. » Avec ce chirurgien, je me sens capable d’effectuer n’importe quelle intervention. Il reste calme. Explique ce qu’il compte faire. Mieux quand l’instrumentation s’est super bien déroulée, il félicite des progrès. C’est un des rares chirurgiens qui sert la main de l’interne et de l’instrumentiste pour remercier de l’intervention. Et meme quand l’instrumentation a été compliquée, il précise: « la prochaine fois, ce sera parfait! »

C’est parfois une plaisanterie avec un des chirurgiens de la catégorie « je m’emporte ».

« Ah voilà votre chirurgien préféré! Vous connaissez ses habitudes à Lui. » 

« Eh oui! Il ne s’emporte pas pour rien, Lui! »

Maintenant, j’arrive à m’adapter au partenaire vu que je commence à avoir plus d’intervention à mon actif.

Mais j’aime bien cette idée de danse a deux. (Ou plan à trois si on inclu l’interne!!😄😄)

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