L’importance d’aligner…

Je suis bordélique. 

Il faut le savoir. Depuis toujours.

C’est le bazar dans mes affaires et parfois aussi dans ma tête !

Au boulot, par contre, j’essaye d’avoir tout bien rangé. Sur la table d’instrumentation, je fais en sorte que ce soit bien aligné et bon endroit.

Je range le bureau et fais en sorte que l’arsenal soit nickel !

J’ai des collègues au contraire ultra organisés. Un en particulier a un casier bien ordonné, une table parfaite et quand il est panseur, il aligne les étiquettes sur la feuille de salle.

Un jour, je l’ai remplacé quelques minutes et je me suis amusée…

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Changement d’interne…

En mai et novembre, il y a les changements d’internes. 

Quand j’étais étudiante, c’était toujours un moment plein d’émotion. C’est toujours impliquant de les voir arriver dans le service.

J’ai le souvenir de cet interne dont c’était le tout premier semestre. Moi j’étais en dernière semaine de stage en dernière année. Il etait tout jeune, sorti de l’œuf mais avec déjà un bon bagage de connaissances.

Je lui fais part de mon inquiétude concernant un patiente qui semblait pas bien. Difficulté respiratoire, petite mousse au bord des lèvres. Je pense à OAP forcément. Il me demande de quelle couleur est la mousse. Je vois la terreur sur son visage. Quelle décision prendre?

Je ne sais pas quoi lui dire. Il ne sait pas quoi me dire. Il se passe l’instant de quelques secondes qui paraissent interminables où nos regards restent scotchés. Je ne sais plus quelle décision il avait prise. Mais je me souviens que le lendemain la patiente etait morte. Je crois qu’elle était déjà condamnée par son infarctus mésentérique qui était en train de se faire. Quelle qu’aurait été sa décision, je crois que le sort de cette dame etait déjà joué. Pourtant sur la dernière semaine, il ne m’a plus regardé dans les yeux. Premier jour, premier mort. Premier sentiment de culpabilité? J’ai appris ensuite qu’il avait abandonné son internat assez rapidement. Tant d’année d’étude et abandonner. J’étais entre la peine pour lui et le soulagement de ne plus avoir cette pression pour lui.

Je me souviens de cette interne qui venait d’une reconversion d’ingénieur à médecine. Un peu plus de 40 ans et interne. Des enfants à la maison. La maison à 80km. Elle les rejoignait le we et parfois en semaine. Le sacrifice. Des cernes. Des cheveux gras. Une grande fatigue. Un grand professionnalisme. Elle forçait l’admiration.

Mon souvenir avec elle? Un jour, ou plutot un soir, elle vient nous voir pour savoir comment va le service avant de partir. On la trouve pâle. Elle dit qu’elle va prendre sa voiture pour rentrer chez elle. On lui conseille de dormir dans une des chambre du service où il n’y a pas de patient avec de prendre la route. Elle s’allonge pour faire un petit somme…on ne l’a pas réveillée. Enfin juste le matin pour éviter qu’un des chefs ou que sa co-interne et « pire ennemie » ne la trouve.

Il y ce FFI, ces medecins/chirurgiens diplômés dans leur pays mais faisant fonction d’interne en France, dont je m’étais amourachée, de manière unilatérale, pour lequel je rougissais en sa présence comme une midinette lors de la visite. Ces « qu’en pense l’infirmière ? » avec son petit accent et son petit sourire en coin me faisait fondre.

Chez nous les internes restent un an. Pour la plupart ce sont des internes étrangers. C’est émouvant de voir leur évolution. Leur soif d’apprendre au début, leur déception de voir que souvent les seniors ne les laissent suffisamment d’autonomie pour évoluer, leur joie de rentrer à la fin pour retrouver leur famille.

Normalement, il reste un an de novembre à novembre mais là il y en a un qui vient de décider de partir. On le sent soulagé.

Bon vent à lui pour aller dans une spécialité qui lui conviendra mieux et dans laquelle il se sentira mieux.

Bon changement à tous les internes et surtout bon courage. Vous avez toute mon admiration…

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Quand le téléphone sonne…

Ce matin, mon téléphone a sonné tôt  pour un dimanche. J’ai bondi de mon lit. Je me suis habillée. 

Quand je suis d’astreinte, je fonce quand le téléphone sonne.

Je suis arrivée au bureau de vote à l’ouverture. Je pensais être la première mais il y avait déjà du monde. Je suis fière de mon petit village de 500 âmes.

Il faut prendre les bulletins. Je ne les prends pas tous. Je choisis. Disons que je les prends quasi tous sauf ceux qui me brûlent les mains.

Je ne vais pas donner de noms mais disons que ceux qui prônent le repli sur soi ou un retour à un ancien temps, très peu pour moi. 

J’arrive dans l’isoloir et je dois choisir. Deux me font hésiter. Entre un choix de ma famille-de-cœur-mais-que-la-encore-une-fois-ils-ne-sont-tous-unis-derriere-leur-candidat-comme-depuis-3-elections-successives. J’aime bien ce candidat mais je pense qu’il est perdu dans sa propre famille.

Et l’autre que je qualifierai d’ambidextre. Il est convaincant sur certains points. Un peu moins sur d’autres me concernant.

J’ai retourné les papiers. Je les ai mélangé. J’en ai pris un et je l’ai mis dans l’enveloppe. 

J’ai retourné celui que je n’ai pas choisi. J’ai souri.

Bref, j’ai voté.

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Le petit patient

J’ai toujours une appréhension quand c’est mon tour.

Je parcoure le long couloir qui m’amène de notre bureau aux patients en attente.

Je me répète ce que je vais lui poser comme question. Je le tutoie ou je le vouvoie? Est ce que je lui pose les mêmes question qu’aux autres patients?

J’approche des portes. Elles s’ouvrent. Je prends une grande respsiration et mon plus beau sourire.

« Salut, je m’appelle Des idées d’IDE, je suis infirmière de Bloc opératoire, c’est moi qui vais t’accompagner en salle et je resterais présente. »

Ok donc je le tutoie. C’est venu comme ça spontanément. Un coup d’œil aux parents avec un hochement de tête pour dire bonjour.

Accueillir un enfant au Bloc, c’est toujours délicat. Enfin pour moi. Cet enfant, il a juste 2 ans de plus que mon fils.

Je lui pose des questions tout en regardant des parents pour etre sûre des réponses.

Nom? Prénom ? Date de naissance? À jeun? Lavé à la Betadine? Pas de réactions allergiques ? Des allergies connues? Du matériel métallique dans le corps? Plaque ? Clou? Vis? Prothèse? Pace maker? Pas de prothèse dentaires ? Auditives? Lentilles de contact?
Les questions basiques…

Les parents sont tout sourire. Il répond timidement. Il a une petite voix. Les lèvres qui sourient et les sourcils froncés trahissant une peur.

On sent qu’il se contient. Je dois temporiser car la salle n’est pas prête. Je tente de faire la conversation. J’explique aux parents de ne pas attendre ici car le temps risque de leur paraître long. 

Je sors les rames et je pose plein de questions: quelle classe? Sa matière préférée? Son sport préféré ?

On le rentre enfin en salle opératoire. Il est super calme. 11 ans. Il n’en est pas à sa première intervention. De manière générale, les gens qui viennent je les trouve étonnamment calme, mais les enfants forcent encore plus l’admiration. 

Il est au centre de la salle et tout le monde s’active. Là, c’est de la rythmologie, pas du cardiaque. On va juste changer son boîtier de pace maker. Mais quand même.

Pendant qu’on lui pose le matériel de surveillance, je reste à côté pour papoter et lui changer les idées. Il y a toujours un implicite dans la salle quand il y a un enfant, on se moque gentiment les uns des autres. Se chambrer devant eux comme une sorte de spectacle.

J’ai juste envie d’attribuer un mauvais point à l’intervenant du fabricant de Pace Maker qui lui a dit: « On va te mettre un super appareil. Une vraie bombe. »

Ouai…je sais pas si en tant qu’enfant j’aurai voulu qu’on me dise qu’on va me mettre une BOMBE connectée à mon cœur…

L’intervention se passe. Et puis on attend le réveil….on attend…

Il etait bien endormi. On l’appelle par son prénom. Pas de réaction. Une heure passe en salle.

Et d’un coup, il refait surface. Il ouvre les yeux. Il parle d’un coup net distinctement. Je lui dis que c’est fini et que ça s’est bien passé. Il est tout sourire. On le dé-scope. 

Il est tout sourire et en sortant de la salle operatoire, il lève le bras et me dit: « Au revoir, Des idées. »

J’ai eu une série de tentatives (qui ont échouées) de réanimation d’enfant ces derniers mois qui m’ont beaucoup affectées, alors j’avoue que voir partir cet enfant tout sourire et qu’il m’appelle par mon prénom, ça m’a mis du baume au cœur.

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Ça tient parfois à peu de chose.

Quand je suis arrivée au bloc, les chirurgiens me faisaient un peu peur.La chirurgie me faisait peur. Je craignais toujours de faire une erreur qui allait être délétère pour le patient.

Je me suis détendue et appréhende différemment mon métier, avec bien moins de stress.

Les chirurgiens ne vous accordent pas de suite leur confiance. Cela s’acquiert. 

En un an et demi, sur les 7 chirurgiens, 5 m’apprécient aujourd’hui. Il y en a deux pour lesquels c’est compliqué.

Il y en a un qui ne m’aime vraiment pas. Chaque geste de ma part se transforme en reproche de son côté. Je n’ouvre pas la bouche de l’intervention. Ça me passe au dessus de la tête. Je ne suis pas là pour etre amie avec les chirurgiens. Je suis là pour le patient. Je fais du mieux que je peux avec les connaissances qui m’ont été transmises. Ça se passe bien avec la majorité des chirurgiens donc ça va pour moi. Mais j’avoue que si je peux éviter une intervention avec celui là je le fais.

L’autre chirurgien provoque chez moi un malaise. C’est le professeur du service. Il est deux fois plus grand que moi, la voix grave, l’air énervé. J’ai l’impression d’être devant mon papa qui me grondait quand petite je venais de faire une bêtise.

Je bégaye, je bafouille. J’ai 40 ans bientôt mais quand je suis face à lui j’ai 8 ans et je viens de casser la vitre du salon avec mon ballon.

Enfin ça c’était avant. Ces derniers temps je l’ai beaucoup instrumenté. Je vois bien qu’il est aussi mal à l’aise avec moi. Je réalise que je ne suis pas sûre qu’il connaisse mon prénom. Il se détend petit à petit avec moi mais ça reste distant avec moi alors qu’il plaisante avec mes collègue. 

Et puis un jour, en pleine intervention, des drains qu’on déplace, je me prends une grosse giclée de sang sur le front. Il éclate de rire. Apres que ma collègue ait enlevé ce qui risquait de retomber dans le champ, il me reste un gros point rouge sur mon callot. Ça le fait rire. Il se met à plaisanter avec moi et m’appelle par mon prénom. Il me tutoyait avant et se met à me vouvoyer.

Quand je pense que tout ne tenait qu’à une petite giclée sur le visage! 
(J’ai bientôt 40 ans mais je pouffe de rire d’avoir écrit cette dernière phrase qui au départ se voulait innocente!)

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Faut-il se protéger ?

Sur les 2 dernier mois, les émotions ont été intenses au bloc.

Sans doute les plus intenses depuis mes débuts.

Beaucoup de jeunes, pas mal de décès, des femmes enceintes dont une avoir la césarienne au bloc cardiaque, deux patients dont on voit l’aorte lâcher et pour lesquels nous n’avons presque rien pu faire, des décès, pas mal de tamponnades sur des cas qui devaient être simples.

Est ce que j’étais inconsciente de ce qui se passait au début ou est ce que sur les deux derniers mois nous n’avons tout simplement pas eu de chance?

Il y a quelques temps un IADE nous disait qu’on était privilégié au bloc par rapport à la réa car nous n’avons pas à nous confronter à la famille, ses peurs et sa tristesse.

C’est vrai. Mais nous faisons face parfois à des situations compliquées.

Vendredi, nous avons quelques minutes de calme et nous en avons profité pour parler un peu de notre semaine. Ma collègue me raconte qu’elle s’est retrouvée avec une jeune femme qui avait été endormie pour une greffe cardiaque mais pour laquelle nous n’avons finalement pas accepté le cœur du donneur. La patiente avait dû être réveillée en réanimation où il lui a été annoncé qu’elle n’avait pas été greffée.

En me racontant ça, elle écrase une larme. La patiente a l’âge de sa fille. Elle imaginait la déception qu’elle avait pu avoir.

Moi, je lui raconte ma nuit atroce. Une patiente qui devait juste avoir un point sur l’oreillette. Une patiente qui avait quasi la même date de naissance que moi, les enfants du même âge que les miens, une vie proche de la mienne, presque mon double.

En l’ouvrant, tous les tissus partent en lambeaux. A force de vouloir réparer, au declampage de l’aorte, elle se déchire de partout. J’explique à mes collègues, la larme à l’œil, que c’est éprouvant, stressant de voir une cage thoracique se remplir de sang à presque déborder. Je ne sais pas par que miracle cette femme s’en est sortie vivante de son intervention mais ses jours sont comptés.

Le troisième collègue raconte lui comment il a été éprouvé par la mort d’un jeune de 20ans. Il est plutôt bourru mais on le sent affecté.

Lui: « Il faut qu’on se protège plus. »

Moi: « De? »

Lui: « De tout ça. Regarde, on a passé du temps à parler avec les patients et on est touchés. »

Moi: « On est touché par la Vie. En vrai, on est touché par des gens qui nous racontent l’intime, on est ensuite dans l’intimité de leur corps. Certains sont morts, d’autres sont en vie mais une chose c’est que nous sommes bien vivants, nous.  Je refuse de m’épargner des émotions. Faut vivre à fond. Ne pas se laisser envahir par les émotions négatives, OK. Savoir tempérer, repérer ses failles, OK. Mais pour le reste, je vais au devant des émotions. Hors de questions de s’épargner de vivre! »

Je crois que ce qui a radicalement changé en moi depuis le début de mes études d’infirmière, c’est ma soif et de vivre intensément.

Je ne veux pas avoir de regrets. Regarder la vie passer.

Il me semble que ça été au premier mort que j’ai du voir en maison de retraite. 

Je pense que c’est ce qui a fait ma séparation avec le père de mes enfants. La tiédeur me consumait de l’intérieur paradoxalement. 

D’être confrontée presque quotidiennement à la mort me donne une furieuse envie de vivre. Sans trop me protéger des émotions fortes. 

Et vous? Allez vous au devant de vos émotions ou mettez en place des protections? Lesquelles?

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Tu es infirmière 

Il y a bientôt deux ans, je prenais un verre avec une amie.

On était en août et c’était notre dernière soirée ensemble. Elle etait en partance pour la Nouvelle-Caledonie.

On allait pas se revoir de si tôt.

On a bu une bouteille puis deux. On etait deux. On etait bien joyeuse. On s’est raconté des pans de notre vie. Il y’a des choses que j’ai découvert sur elle. Pourtant on s’en est raconté des choses depuis deux ans qu’on se connaissait.

La rencontre est amusante.

La première fois que j’ai entendu parlé d’elle, c’etait à l’IFSI. En conseil pédagogique, on nous présente son dossier. Étudiante brillante qui souhaite changer de région en cours de scolarité pour suivre son conjoint. La directrice lit son dossier tout le monde lève la main unanimement pour l’accepter.

Et puis un jour, durant l’été, je reçois un message sur ma page « des idées d’ide »

« Salut, comme toi, je vais faire un stage en neurochirurgie. »

« Où ça ? »

Ma ville. Elle me raconte son parcours et je reconnais l’étudiante dont on avait parlé. Elle a choisi un des autres ifsi de ma ville. Je fais semblant de ne rien savoir.

On se rencontre en stage et elle me parle de « des idées ». Je fais encore semblant.

Et puis, elle me grille.

Il y a eu entre elle et moi un vrai coup de foudre amical. On se prenait des pauses dans les escaliers pour se raconter nos vies. Puis chez l’une et l’autre. On s’est suivi. J’ai été heureuse pour son diplôme, elle etait triste qu’on ne soit pas diplômée en même temps.

Je reviens à cette soirée arrosée. Je lui disais que je ne me sentais pas legitime en infirmière. En ayant eu mon diplôme un an après les autres, j’avais l’impression de ne pas l’avoir mérité. On etait en août, j’étais diplômée depuis un mois et je n’avais envoyé aucun CV.

A un moment de la soirée, elle m’a fait tout un monologue ponctué de « tu es infirmière ». Elle a repris mes éléments de vie, de scolarité et revenais le « tu es infirmière ».

À chaque fois que j’ai des doutes, j’ai son « tu es infirmière » qui revient.

Aujourd’hui, MERCI facebook, on reste en contact. 

Mais voilà qu’il y a 3 jours, alors qu’on est au téléphone, qu’elle me raconte ses missions de santé de publique auprès de population dans la brousse et son rôle d’infirmière scolaire en parallèle, qu’elle me parle de la précarité de ses postes, elle me dit: « je ne me sens pas infirmière au sens propre du terme. »

Parce que pas de geste techniques?

Parce que précaire?

Pardon?

Quand tu aides les jeunes au sein de leur collège, tu es infirmière.

Quand tu agis auprès de familles, tu es infirmière.

Quand tu t’adaptes aux us et coutumes locales, tu es infirmière.

Quand tu fais de la prévention, tu es infirmière.

Quand tes collègues ne vont pas bien et viennent te voir pour pleurer sur ton épaule et que tu les réconfortée, tu es infirmière.

Quand tu sens que ton amie tombe et que tu l’appelles dans la minute, tu es infirmière.

Ma Fred, tu es infirmière.

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