Retour à la case départ..

Cela fait quelque semaines que je suis assaillie de doutes.

Mes conditions de travail sont compliquées. Je ne m’en rendais pas compte en tant que stagiaire. La journée je cours dans tous les sens. J’ai à peine le temps de me poser pour déjeuner. Le Bloc operatoire est particulièrement épuisant. Les interventions sont longues, je reste debout sans m’asseoir, sans manger, sans boire dans une espace restreint pendant parfois 7 à 8h.

On galère avec nos commandes. Les chirurgiens sont exécrables et nos cadres ne reconnaissent pas le travail fourni.

Ma vie personnelle est impactée. Je suis épuisée le soir pour mes enfants. Je suis stressée et donc parfois exécrables avec eux, mon entourage.

Il me devient compliqué de refaire ma vie entre mon planning chargé et tout ce que je vis au Bloc qui me laisse parfois de moments de stress importants.

Le hasard m’a fait rencontrer mercredi dernier ma dernière DRH à la banque. Nous avons discuté longuement. Je lui racontais mes désillusions.

« Tu sais, si tu le souhaites, tu peux réintégré la banque. »

Elle me propose le lendemain un rdv avec celui qui la remplace.

Grande conversation. « Vos capacités et compétences sont reconnues ici. »

Quand j’étais sur place, je me demandais si je ne ferais mieux pas de repartir direct car j’aime mon métier d’infirmière.

Et puis les propositions sont venues. Un poste de conseiller pour les professions libérales puis à moyen terme un poste de direction d’agence.

Je suis partie en disant que je réfléchirais. Et je crois que ma décision est prise.

Lundi, j’accepte cette proposition. Les conditions de l’hôpital m’épuisent. J’aime ce métier mais je veux retrouver une vie posée et calme.

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La valse à mille temps

Il y a une progression dans l’apprentissage de l’instrumentation.

Ici, on commence par les pontages.

On avance en doublure, avec une collègue qui nous explique ce que l’on doit faire. On y va progressivement. On détaille chaque temps operatoire.

Et petit à petit, on devient apte à faire les pontages à cœur arrêté. Puis on apprend les pontages à cœur battant.

Ensuite, on se lance dans les remplacements de valves aortiques. On est doublé qu’une seule fois ensuite sur la plupart des autres interventions car une fois qu’on connaît les temps opératoires des pontages et valves aortiques, on peut faire la plupart des interventions.

Mais il arrive que parfois on ne puisse pas être doublée ne serait ce qu’une seule fois. C’est là que tout est chirurgien dépendant.

Vous avez le chirurgien qui va être stressé. Sur le coup, quand vous lui expliquez que c’est la première fois que vous faites cette intervention. Il fera semblant d’être calme mais va s’énerver à votre première question. Et là, c’est parti pour un long moment avec un chirurgien qui s’emporte. Il crie sur tout le monde. La pédagogie est médiocre mais bien évidemment on arrive au bout de l’intervention. Personne ne sort serein de ces moments. On ne peut même pas dire que ça le soulage de son stress. Bien au contraire.

Et chez nous, il y a un chirurgien qui prend les choses autrement.

Sa phrase: « L’instrumentation, c’est comme la danse. Tout dépend de votre partenaire. » Avec ce chirurgien, je me sens capable d’effectuer n’importe quelle intervention. Il reste calme. Explique ce qu’il compte faire. Mieux quand l’instrumentation s’est super bien déroulée, il félicite des progrès. C’est un des rares chirurgiens qui sert la main de l’interne et de l’instrumentiste pour remercier de l’intervention. Et meme quand l’instrumentation a été compliquée, il précise: « la prochaine fois, ce sera parfait! »

C’est parfois une plaisanterie avec un des chirurgiens de la catégorie « je m’emporte ».

« Ah voilà votre chirurgien préféré! Vous connaissez ses habitudes à Lui. » 

« Eh oui! Il ne s’emporte pas pour rien, Lui! »

Maintenant, j’arrive à m’adapter au partenaire vu que je commence à avoir plus d’intervention à mon actif.

Mais j’aime bien cette idée de danse a deux. (Ou plan à trois si on inclu l’interne!!😄😄)

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Problème 

Soit une infirmière de 40 ans bientôt, travaillant en bloc opératoire de chirurgie cardiaque et étant d’astreinte un lundi soir.

Vous savez de plus qu’elle débute son travail le mardi matin à 7h.

Sachant que la dernière intervention s’est terminée à deux heures et demi du matin, qu’elle habite à 25 min de l’hôpital et qu’il n’y a pas de lit dans le bloc mais juste un transat:

-Quel conseil donneriez vous ? Rentrer dormir dans un bon lit douillet à la maison ou rester dormir dans un transat et perdre 50 min de sommeil?

– Pouvez-vous évaluer en combien de temps cette infirmière développera un burn-out?

– vous donnerez enfin une estimation de la récupération de sa nuit de merde.

Vous avez 2 heures.

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Mis de côté…

J’étais tranquille dans le bureau. Je vois un anesthésiste passer et je lui demande des nouvelles d’un patient. Un patient pris en charge récemment pour une ECMO (assistance pour soulager le cœur). Il ne voit pas de qui je parle.

« Tu sais M. Machin qu’on a pris en charge la semaine dernière. »

« Monsieur machin, c’est le jeune qu’on a pris en charge il y a plus d’un mois. Il est mort lui. »

« Ah oui je me trompe! »

 Je retrouve le nom. Je lui donne. Il va bien.

 Je me retrouve seule avec une collègue qui me dit. 

« Il t’a marqué lui. »

« Qui? »

« Le jeune. »

« Non pas du tout. C’est sur c’est perturbant, j’ai cru pendant 2 sec que c’était un proche.Mais franchement .. ça va. »

« Moi j’ai l’impression quand même que ça fait un mois que tu es plus « rentre dedans » avec tout le monde, non? Ça se trouve il y a un lien. »

« Rentre dedans?

« La cadre, tu l’as loupe pas, et l’anesth. , il a pris cher la semaine dernière. Meme les chir disent que tu leur tiens tete depuis quelques temps. »

….

« Je dis pas que c’est ça, mais c’est bizarre que tu ressortes un nom d’il y a un mois mais pas de celui de la semaine dernière. »

Je suis face mon écran à tenter de passer des commandes et j’éclate en sanglots.

Je réalise qu’en fait ce patient je l’ai en boucle. Son nom me revient régulièrement. Sur toutes les poses d’ECMO que j’ai pu faire depuis fevrier j’angoisse à l’idée d’avoir un proche. On a eu un jeune ado récemment et j’ai eu peur que ce soit le fils d’une amie. 

Depuis ce patient, j’ai des angoisses d’avoir mes fils à prendre à charge.

Je me fais le film de ce que je devrais faire si ça m’arrivait.

Depuis ce patient, j’ai des angoisses pour mes proches quand ils prennent la route, vont faire du ski ou du vélo. Je suis en stress.

J’ai été penible avec mes collègues, avec certains amis, avec ma mère quand elle est venue chez moi pour m’aider, avec mon amoureux qui a en a eu marre, avec mon ex pour des broutilles, avec mes enfants au moindre bruit.

Alors je suis dans le bureau à pleurer, moi qui avait tenu toute la journée avec une certaine tristesse. Ma collègue me prend dans ses bras pour me réconforter et me dit qu’il est temps d’y aller et de rentrer chez moi et d’essayer de me changer les idées.

J’ai des collègues en or.

Alors je suis sortie plus tot,  j’ai récupéré mes enfants qui se sont jetés dans mes bras.

J’ai des enfants en or.

J’ai appelé des amis pour qu’on sorte se changer les idées.

J’ai des amis en or.

Je reçois un textos d’une voisine qui me propose d’inviter les enfants dimanche. Elle me glisse qu’elle m’a vu pleurer en rentrant hier et qu’elle me dit de profiter de mon dimanche aprèm.

J’ai des voisins en or.

Demain, je passe acheter un vélo pour mon petit et une trottinette pour le grand.

Avec mes astreintes, j’ai une carte en or.

Il va falloir que je fasse une petit analyse de situation sur ce patient avec des amis. Vous savez, ceux qui sont en or.

Il faut que je sois attentive à ces petits signes qui me montraient que ça n’allait pas et que je ne les mette plus de côté !

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Et si c’était ton père?

On a souvent l’art de nous faire culpabiliser de refuser des heures supplémentaires.

Mardi dernier, 7 mars, on a fait rentrer un patient au bloc opératoire dans une salle sensée être fermée.

On ne prévient pas les infirmières de manière à ce qu’elles ne puissent pas refuser d’ouvrir la salle. Il est 16h. Les infirmières sur place doivent partir à 17h, le patient rentre pour une intervention qui dure au bas mot 2h. En faisant rentrer ce patient, ils savent que cela nous imposera des heures supplémentaires. Ils savent parfaitement qu’on sortira le patient à 18h et si on rajoute le temps de nettoyage et remonter la salle, on partira à 18h30.

Ils savent. C’est pour ça qu’ils ont poussé le patient sans nous prévenir en amont.

Ils doivent savoir mais l’occultent, que derrière, on sera très en retard pour récupérer nos enfants, qu’ils nous enlèvent du temps auprès de notre famille, qu’ils nous envoient du mépris dans la gueule.

Alors pour ne pas qu’on l’ouvre, on a régulièrement le droit à : « Mais si c’était ton père??? Tu ne voudrais qu’il soit pris en charge? »

Je vous passe le couplet sur notre société patriarcale dans laquelle il faut sauver le père à la vieille de la journée internationale des droits de la femme. Ça ne sera pas le sujet du jour.

Et si c’était mon père ?

Si c’était mon père, je ne voudrais pas qu’il soit poussé en salle opératoire alors qu’aucune urgence vitale est en jeu. Simplement parce qu’on se dit qu’il y a deux infirmières qui ne sont pas en salle, alors on va les occuper. Quand on n’est pas en salle, on fait des commandes, on surveille les péremptions etc…

Si c’était mon père, je souhaiterais qu’il y ait le matériel adéquat et que les équipes ne soient pas obligées de courir après le matériel ou en train de faire du bricolage comme c’est trop souvent le cas.

Si c’était mon père, je souhaiterais que les salles opératoires soient en état correct de fonctionnement et pas avec des portes qui ne se ferment plus, un auge de lavage défectueuse, etc…

Si c’était mon père, je souhaiterais que ceux qui le soignent soient en état de le faire et pas épuisés par des semaines à rallonge.

Si c’était mon père, je souhaiterais qu’il arrive dans une situation apaisée et pas dans une équipe où les tensions sont telles que les équipes d’anesthésie et chirurgicale ne s’adressent à peine la parole.

Si c’était mon père, je ne voudrais pas qu’il soit transporté en salle par un brancardier endolori par des journées impossibles et du matériel inadapté.

Si c’était mon père, je voudrais qu’après son intervention il y ait le nombre suffisant d’infirmières pour sa surveillance.

Si c’était mon père, je voudrais qu’il y ait un centre de réadaptation proche de son domicile et de sa femme.

Si c’était mon père….

Maintenant, puisque la vie du père est importante, qu’en est il de l’avis des pères des infirmières qui se sont suicidé?

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Passer commande

Pour une raison que j’ignore, lors de la réorganisation de l’équipe, j’ai accepté de prendre en charge les commandes pour la rythmologie.

Je n’y suis pas souvent mais j’y suis à l’aise. J’aime bien les poses de Pace maker ou défibrillateur.

Je n’y ferais pas un temps complet mais j’apprécie d’y aller de temps en temps. Comme je connais bien le matériel, je m’occupe des commandes.

Je pensais que ça allait être rigolo de m’occuper de faire des commandes. Un peu comme quand je fais mes soldes par internet mais au lieu d’acheter des chaussures, j’achète des desilets et autres  introducteur.

Sauf que j’ai découvert le monde de la pharmacie et ces règles de commandes.

Première commande, la moitié est refusée.

Je découvre qu’une partie du matériel ne se commande que la première semaine de chaque mois.

« Ok je commanderai le mois prochain. »

« Ah non, le mois prochain nous seront en décembre, les commandes acceptées seront seulement les commandes pour les urgences. »

Là, je découvre que mon CHU annule les commande de décembre afin de boucler l’annee. L’astuce étant de doubler la commande en novembre…

Donc les palettes de défibrillateur ne se commandent que la 1ère semaine de chaque mois de janvier à novembre.

« Ok on dira qu’on a pas besoin de palette de défibrillateurs alors! »

J’imagine la scène:

« On choque à 200 joules. »

« Euh… c’est à dire qu’on a pas mis les palettes car c’était pas urgent selon la pharmacie. »

Alors comme les desilets sont dans la même catégorie de commande que les palettes, j’en commande 100 direct de chaque taille.

« Ah non, les desilets vous êtes limités à une certaine quantité. »

« Mais je croyais que je ne pouvais les commander que la première semaine de chaque mois sauf décembre? Du coup faut que je commande mon stock pour le mois. »

« Non, pour les desilets, vous avez une dérogation. Vous pouvez commander quand vous voulez. »

Alors je me suis mise à commander quand je voulais…

« Ah non. Par contre vous ne pouvez pas commander dans la meme semaine. »

« Mais il y a eu une augmentation du nombre d’operation et on a écoulé notre stock. En plus, les cardiologues utilisent quasiment que la même taille, j’ai plus rien! »

« Tant pis, il fallait prévoir cette augmentation ! »

Le mois suivant:

« 30 flacons de naropeïne, 30 de xylocaïne et 30 de produits de contraste »

« Alors je vous livre la xylo et la naro mais pas le produit de contraste. »

« Mais pourquoi? »

« Le produit de contraste, c’est seulement du 1er au 15. »

« Mais pourquoi???? »

Parce que ….ah et le mois suivant, je ne suis pas livrée avec le bon produit de contraste.

« Mais pourquoi??!!!!! »

« Parce qu’on a que ça ! »

Les cardiologues ne veulent pas entendre parler de ce produit de contraste!!!

« Bonjour, je vous appelle car je n’ai pas été livrée en ligature. »(ligature: fil et aiguilles)

« Oui c’est normal. On fait un changement de marché donc vous ne serez livrés que dans deux mois avec les nouveaux fils. »

« Mais comment on referme le patient, accessoirement? »

« Alors ce fil, ils l’ont en ORL et ortho. Vous pouvez aller vous faire dépanner là-bas. »

En ORL: « si tu prends nos ligatures, comment on referme, nous? »

Je vous passe les bizarreries que si on commande le vendredi certains produits, on est livré le mardi mais que si on les commande le lundi matin à 6h, on est livré dans l’après-midi.
Bref, ce matin, j’ai fait une commande. J’ai fait dans les bonnes dates pour ce que je souhaite, s’il n’y a pas de rupture de stock, de changement de règles de commande, si la pharmacienne est de bonne humeur, si la logistique ne se trompe pas de bloc, si Pluton est aligné avec Saturne alors je devrais être livrée prochainement de matériel me permettant à quelques patients d’être opérés en sécurité.

Mais-si-la-reine-et-le-roi-ne-le veulent-pas…..

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L’accueil

Accueil de la première patiente en rythmologie:
– « Bonjour madame, je suis Des Idées d’IDE, infirmière de bloc opératoire. Comment vous appelez vous? »

– « COMMENT ? »

– « COMMENT VOUS VOUS APPELEZ VOUS? »

-« HEIN? »

Après lui avoir hurler dans les oreilles pendant 5 minutes pour contrôler l’identité, elle me donne son nom, prénom et date de naissance.
Elle est née en 1925, vous comprenez.

Deuxième question: l’objet de la visite.

Réponse attendue: « Je viens pour la pose d’un pacemaker. »

Réponse obtenue: « Alors, je viens parce que j’ai toujours eu des problèmes cardiaques. J’ai eu mon premier malaise il y a 15ans et j’étais inquiète … bla bla bla »

« Mais qu’est ce qu’on va faire se matin comme intervention?

« … et au mariage de mon petit fils il y a 3 ans, un très beau mariage vous savez, c’était à Nantua. Une très jolie mariée. Et bien j’ai refait un malaise… »

« D’accord mais vous comprenez pour quelle intervention vous venez? »

« Un jour, à pharmacie de la rue Lenoir, j’ai rencontré le Dr Delacroix qui m’a dit que je ne devais pas avoir peur de la mort et de m’allonger et de patienter que ça passe. C’est ensuite le pharmacien qui m’a dit que je devais voir le DR Four et qui m’a dit que je devais venir à l’hôpital.

« Ok ok… vous venez bien pour la pose d’un pacemaker? »

« Oui, tout à fait. »

J’ai ma réponse!!! J’ai mis 15 min, mais je l’ai.
Reste à savoir si elle est bien a jeun, qu’elle n’a pas de matériel métallique dans le corps, pas de prothèse dentaire, pas d’allergie et qu’elle a bien fait ses toilettes à la betadine.

On va avoir un peu de retard sur le programme opératoire…

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