Changement d’interne…

En mai et novembre, il y a les changements d’internes. 

Quand j’étais étudiante, c’était toujours un moment plein d’émotion. C’est toujours impliquant de les voir arriver dans le service.

J’ai le souvenir de cet interne dont c’était le tout premier semestre. Moi j’étais en dernière semaine de stage en dernière année. Il etait tout jeune, sorti de l’œuf mais avec déjà un bon bagage de connaissances.

Je lui fais part de mon inquiétude concernant un patiente qui semblait pas bien. Difficulté respiratoire, petite mousse au bord des lèvres. Je pense à OAP forcément. Il me demande de quelle couleur est la mousse. Je vois la terreur sur son visage. Quelle décision prendre?

Je ne sais pas quoi lui dire. Il ne sait pas quoi me dire. Il se passe l’instant de quelques secondes qui paraissent interminables où nos regards restent scotchés. Je ne sais plus quelle décision il avait prise. Mais je me souviens que le lendemain la patiente etait morte. Je crois qu’elle était déjà condamnée par son infarctus mésentérique qui était en train de se faire. Quelle qu’aurait été sa décision, je crois que le sort de cette dame etait déjà joué. Pourtant sur la dernière semaine, il ne m’a plus regardé dans les yeux. Premier jour, premier mort. Premier sentiment de culpabilité? J’ai appris ensuite qu’il avait abandonné son internat assez rapidement. Tant d’année d’étude et abandonner. J’étais entre la peine pour lui et le soulagement de ne plus avoir cette pression pour lui.

Je me souviens de cette interne qui venait d’une reconversion d’ingénieur à médecine. Un peu plus de 40 ans et interne. Des enfants à la maison. La maison à 80km. Elle les rejoignait le we et parfois en semaine. Le sacrifice. Des cernes. Des cheveux gras. Une grande fatigue. Un grand professionnalisme. Elle forçait l’admiration.

Mon souvenir avec elle? Un jour, ou plutot un soir, elle vient nous voir pour savoir comment va le service avant de partir. On la trouve pâle. Elle dit qu’elle va prendre sa voiture pour rentrer chez elle. On lui conseille de dormir dans une des chambre du service où il n’y a pas de patient avec de prendre la route. Elle s’allonge pour faire un petit somme…on ne l’a pas réveillée. Enfin juste le matin pour éviter qu’un des chefs ou que sa co-interne et « pire ennemie » ne la trouve.

Il y ce FFI, ces medecins/chirurgiens diplômés dans leur pays mais faisant fonction d’interne en France, dont je m’étais amourachée, de manière unilatérale, pour lequel je rougissais en sa présence comme une midinette lors de la visite. Ces « qu’en pense l’infirmière ? » avec son petit accent et son petit sourire en coin me faisait fondre.

Chez nous les internes restent un an. Pour la plupart ce sont des internes étrangers. C’est émouvant de voir leur évolution. Leur soif d’apprendre au début, leur déception de voir que souvent les seniors ne les laissent suffisamment d’autonomie pour évoluer, leur joie de rentrer à la fin pour retrouver leur famille.

Normalement, il reste un an de novembre à novembre mais là il y en a un qui vient de décider de partir. On le sent soulagé.

Bon vent à lui pour aller dans une spécialité qui lui conviendra mieux et dans laquelle il se sentira mieux.

Bon changement à tous les internes et surtout bon courage. Vous avez toute mon admiration…

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