Réunion de service

Notre cadre a réuni les infirmières du service. Voici le récit…

Cadre: « je vous ai réunie car je sens une tension dans l’équipe et je souhaite être toujours à votre écoute. »

Équipe: « nous sommes épuisées par le sous effectif, nous ne pouvons pas former les nouvelles à l’instrumentation ce qui fait que ce sont les mêmes qui s’habillent le matin, l’aprem et parfois la nuit. L’entrée des patients en salle opératoire ne passe plus par nous, ce qui fait qu’on fait rentrer, à l’heure où l’on devrait partir, un patient pour une pose de holter par exemple. On ne rechigne pas si c’est une urgence mais partir en retard pour holter, c’est non. Et puis comme on a tous les jours plusieurs intérimaires, il nous est impossible d’avoir une pause repas de plus de 15min entre deux interventions ! Nous sommes épuisées, solidaires, unies, besogneuses mais épuisées par les conditions. On comprend que vous subissiez le sous effectif également mais nous avons besoin de votre aide. »

Cadre:  » Mais pourquoi ne pas l’avoir dit avant. C’est inadmissible. Excusez-moi de ne pas l’avoir vu avant. Je suis là avec vous. Je ne laisserais plus faire n’importe quoi! Je fais front avec vous. Il est temps que les équipes comprennent la place importante qu’ont les infirmières dans ce bloc!! Il vous faut une pause légitime entre deux interventions. Vous ne tiendrez jamais dans ces conditions. Or de question que les chirurgiens et cardiologues fassent n’importe quoi et n’importe quand dans les entrées salle. Et s’ils font descendre un patient dans votre dos, vous venez me voir et j’expliquerais moi-même en personne au patient pourquoi il ne peut être pris au delà des horaires d’ouverture du bloc. Concernant les recrutements, je vais mettre la pression au-dessus parce que ça commence à bien faire. Et afin que vous puissiez former nous allons augmenter le nombre d’intérimaires! »

Elle s’est levé, la main sur le coeur: « je me souviens des difficultés de vos postes quand j’y étais et je suis prête à me battre à vos côtés afin que notre identité infirmière soit forte et respectée ! Nos vies personnelles comptent et ne doivent plus pâtir de notre vie professionnelle ! »

Nous nous sommes levées avec elle, la larme a l’œil, fières de notre identité infirmière, soudées comme jamais avec notre cadre avec le sentiment d’avoir été écoutées dans un dialogue réciproque.

C’était beau.

Nan, je déconne.

On a imposé un dialogue à notre cadre qui repoussait sans cesse la réunion.

Elle nous a expliqué en substance que c’était ça d’être infirmière au bloc cardiaque et qu’on avait choisi notre métier. Que s’il faut rester pour une urgence et bien on reste on a qu’à adapter notre vie perso en fonction du travail et pas l’inverse.

« Une pose de Holter n’est pas une urgence! » « Si le cardiologue dit que c’est urgent, c’est urgent. »

Ensuite est venu le couplet de « c’est pire ailleurs » et « c’était pire avant quand j’y étais et je ne me suis jamais plainte. »

Avant au moins les infirmières étaient professionnelles. Maintenant, elles ne pensent qu’à leur vie personnelle plus aucun sens du dévouement pour patient. « Jamais, je ne ferais remonter un patient dans le service. Si le programme a pris du retard, et bien tant pis vous rester. »

« Non mais là semaine dernière je n’ai pas pu aller chercher mes enfants à l’école. »

« Oui et bien je ne vais pas écouter les petits problèmes de chacune! Vous imaginez si tout le monde vient me raconter sa petite vie. »

« Mais c’est pas ma petite vie, mes petits problèmes, ce sont mes enfants qui se sont retrouvés à la porte de l’école. »

« Mais vous n’avez qu’à prévoir toujours un plan B, ça n’est pas problème ! Si je fais remonter ça au chef de service il vous répondra que vous n’êtes pas adaptée au service. »

« Vous dites que je ne suis pas adaptée au service? Depuis le temps que j’y travaille? Avec tout ce que j’y fais? »

« Je n’ai jamais dit ça, j’ai dit que c’était ce qu’allait vous répondre les instances supérieures. »

« Mais vous, vous êtes cadre, comment vous vous positionnez car c’est à vous que je parle là. »

« Moi je n’ai pas à vous répondre …et de toute façons vous ne comprenez jamais rien. J’ai un problème avec vous depuis le départ. »

J’ai eu le bec cloué tellement j’étais blessée car à la base, je l’aime bien ma cadre. Et je me suis pris cette claque dans la face. L’équipe était sidérée par cet échange. On est repartie atterrées.

Quelle sera la suite…?

A suivre au prochain épisode…

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6 commentaires pour Réunion de service

  1. Flo dit :

    Dans ces conditions, il te reste l’arrêt de travail pour dépression et surmenage. C’est inadmissible d’entendre des choses comme ça. Donc tous les jours tu vas payer un garde à domicile (environ 24 à 28€/heure) pour le cas où tu devrais rester plus longtemps, c’est un plan B qui coûte plus cher que ton salaire d’IDE.
    Il y a longtemps que je te suis, tu es une bosseuse mais à un moment il faut pouvoir se poser.
    Plein de courage

    • J’avoue que j’en suis pas loin du surmenage.
      A un moment, on a évoqué les suicides dans notre CHU. Elle s’est agacée en disant que ça n’était pas en lien avec le travail. Mais évidemment que si. Quand tu te suicides sur ton lieu de travail c’est que c’est la cause même si une lettre dit que non.

      • Tiphaine dit :

        Comme je vous comprends !
        J’ai aussi été cette infirmière hyper engagée dans son boulot. De celle qui dépanne le plus possible, une de celles qui fait le plus d’heures supplémentaires pour remplacer les absentes (bon ok moi aussi absente parfois mais j’essayais de compenser aux max).
        J’ai eu un bébé, comme 5 autres collègues en 4 mois, j’ai été la seule à reprendre direct à 100%.
        J’étais au max niveau planning, je proposais de moi-même des échanges pour celles qui en avaient besoin.
        Le soir si j’avais fini mes dossier avant les autres, je proposais de les aider pour qu’on partent toutes en même temps. J’allais aider dans leur secteur si chez moi c’était calme (j’étais en dialyse). J’ai même pris le poste d’infirmière hygiénise qu’on m’a mis dans les mains sans vraiment me demander mon avis. J’ai réussi sans avoir d’autres bases en hygiène que celles de l’IFSI, à nous décrocher la certification.

        Puis j’ai commencé à angoisser. De ne pas savoir gérer une urgence (que je maîtrisais pourtant), que mes collègues se rendent compte de min incompétence (loin de là pourtant). Je pleurais en arrivant le matin pour 12h30 de travail. Je pleurais devant les pà tiens parfois. Je me sentais mise à l’écart. Pour mon déménagement, personne n’a même daigné répondre « non » à ma demande de changement de planning. Je voulais tellement bien faire que sur mes jours de repos je revenais remplacer et bosser 7h. Je voulais tellement bien faire que finalement c’était pire que si je ne faisais rien, vu la considération de mes collègues et de ma hiérarchie.
        J’ai fini par avoir des « boules » qui m’ont poussé sous le menton, m’empêchant presque de manger. J’ai perdu 6kg je crois, je ne voyais même plus mon fils grandir tellement j’étais au boulot en permanence (en réalité et surtout dans ma tête). Je suis arrivée au point de m’effondrer sur le bureau de mon médecin, qui ne m’avait jamais vu ainsi. Juste à pleurer. À ne plus savoir par où commencer à raconter. Puis à déballer en vrac et sans aucune logique pendant plus d’une demi-heure. Elle a du comprendre l’urgence car elle a pris les rênes de la consultation et a mis son interne derrière elle.
        Je suis sortie de chez elle avec un arrêt de travail, des anxiolytiques, des hypnotiques. Je n’ai rien pris, je voulais rester digne et forte dans mon histoire.
        J’ai essayer de retourner travailler, mais ça n’a pas duré longtemps, j’ai fini à nouveau en arrêt. Pour dépression. Menacée de licenciement « parce que ça commence à bien faire les nana qui s’écoutent trop ».
        Convoquée par le médecin conseil de la sécu. J’ai été totalement transparente sur la situation. Puis il m’a demandé ou je travaillais et quand il a su, il m’a juste répondu « ah oui, d’accord, je vois bien le problème. »

        J’ai fini cette expérience détruite professionnellement. J’aime mon métier mais je ne sais plus comment ni où l’exercer pour être au moins sereine.
        Je me suis entendue dire des horreurs par ma cadre que j’appréciais également (je m’écoute trop, je demande trop… quand on sait que j’obtenais peu de ce que je demandais), de ma directrice (je suis une enfant gâtée et quand ça va pas comme je veux je crise…)

        J’en étais estomaquée. J’ai une la chance d’avoir une rupture conventionnelle. Je regrette ce travail qui était vraiment super, mais tout le contexte m’était devenu intolérable.

        Je suis pour le moment mère au foyer avec mes enfants, et devrai retrouver un emploi d’ici 1 an. Je suis perdue, je ne sais pas quoi faire…

  2. le prielec dit :

    toujours la même chose et elle elle reste en cas de pb non quand t es cadre t as le droit d avoir une vie et tu pars a l heure. je suis désolé tes enfants sont plus important c est a eux de trouver une solution. on est plus corvéable a merci ce qu’ils voudraient encore. moi c est fini les remplacements au pied levé je dis non même si je sais que mes collègues vont être dans l embarras. Et même si la cadre joue sur la carte du dévouement c est non. Nos plannings elle sait pas les faire il manque toujours qq1 c’est son pb pas le mien. J ai mis 8 ans a comprendre ca et mon mari m y a aider. Ma vie elle est a la maison pas au boulot. Bon courage a toi je te suis depuis le début t es une bosseuse te laisse pas anéantir pas ce type de personne ca ne vaut pas le coup.

  3. DESRE dit :

    Retraité depuis 2012 je vois que les choses évoluent toujours de façon négative ! Rien ne s’arrange ! Le pouvoir médical reste omniprésent ! L’administration est sourde et aveugle ! Les cadres sont là mais n’y peuvent rien sinon souvent aggraver la situation ! Les exceptions à cette mauvaise règle d’un « jeu pernicieux » sont plus que rares !
    La vrai décision serait politique ……..mais au vu des « gogos  » qui sont en place ….. ce n’est pas pour demain !
    Bref tant que ce bien précieux qu’est la santé restera une source de profit et une entité administrative quelque soit sa forme productrice le problème ne sera pas réglé !
    Alors des solutions existent surement mais elle passent avant tout par la considération individuelle tant du patient que du soignant !
    Les égards au soignant ( respect de la vie personnelle et rémunération ) ne peuvent que conforter le bien être du patient !
    Enclin et motivé à former de nouvelles recrues pendant toute ma carrière ……. aujourd’hui au vu des conditions d’exercice ….. je déconseille d’embrasser cette profession …. qui pourtant me passionne encore aujourd’hui !
    Bon courage à tous et ne lâchez rien !
    ED

  4. Inadmissible de te dire ça, complètement gratuit et stérile

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