Ça tient parfois à peu de chose.

Quand je suis arrivée au bloc, les chirurgiens me faisaient un peu peur.La chirurgie me faisait peur. Je craignais toujours de faire une erreur qui allait être délétère pour le patient.

Je me suis détendue et appréhende différemment mon métier, avec bien moins de stress.

Les chirurgiens ne vous accordent pas de suite leur confiance. Cela s’acquiert. 

En un an et demi, sur les 7 chirurgiens, 5 m’apprécient aujourd’hui. Il y en a deux pour lesquels c’est compliqué.

Il y en a un qui ne m’aime vraiment pas. Chaque geste de ma part se transforme en reproche de son côté. Je n’ouvre pas la bouche de l’intervention. Ça me passe au dessus de la tête. Je ne suis pas là pour etre amie avec les chirurgiens. Je suis là pour le patient. Je fais du mieux que je peux avec les connaissances qui m’ont été transmises. Ça se passe bien avec la majorité des chirurgiens donc ça va pour moi. Mais j’avoue que si je peux éviter une intervention avec celui là je le fais.

L’autre chirurgien provoque chez moi un malaise. C’est le professeur du service. Il est deux fois plus grand que moi, la voix grave, l’air énervé. J’ai l’impression d’être devant mon papa qui me grondait quand petite je venais de faire une bêtise.

Je bégaye, je bafouille. J’ai 40 ans bientôt mais quand je suis face à lui j’ai 8 ans et je viens de casser la vitre du salon avec mon ballon.

Enfin ça c’était avant. Ces derniers temps je l’ai beaucoup instrumenté. Je vois bien qu’il est aussi mal à l’aise avec moi. Je réalise que je ne suis pas sûre qu’il connaisse mon prénom. Il se détend petit à petit avec moi mais ça reste distant avec moi alors qu’il plaisante avec mes collègue. 

Et puis un jour, en pleine intervention, des drains qu’on déplace, je me prends une grosse giclée de sang sur le front. Il éclate de rire. Apres que ma collègue ait enlevé ce qui risquait de retomber dans le champ, il me reste un gros point rouge sur mon callot. Ça le fait rire. Il se met à plaisanter avec moi et m’appelle par mon prénom. Il me tutoyait avant et se met à me vouvoyer.

Quand je pense que tout ne tenait qu’à une petite giclée sur le visage! 
(J’ai bientôt 40 ans mais je pouffe de rire d’avoir écrit cette dernière phrase qui au départ se voulait innocente!)

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5 commentaires pour Ça tient parfois à peu de chose.

  1. Leomonyork dit :

    Coquine !

  2. Et il est détendu avec toi maintenant ce brave chirurgien ?

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