Vous !

Il y a trois ans et un petit peu plus d’un mois, je discutais avec mon petit groupe d’amie. Je parlais de l’inquiétude de la rentrée.

Et c’est là que Marie-Amélie me dit:  » Tu devrais écrire ce que tu vas vivre pendant ta formation. Tu vas vivre des choses fortes. »

Elle sait de quoi elle parle, elle est aide-soignante de formation. Je me cherche un pseudo, elle me le trouve: « Des idées d’IDE. » Je me cherche une image. La petite fille déguisée en infirmière, c’est exactement ce que je ressens.

Et c’est parti. Je vous raconte ce que je vis, un peu ma vie perso. C’est très narcissique, un blog.

Je crée la page facebook. Je compte les likers. J’ai sauté de joie quand on a passé la barre des 100.

Vous êtes aujourd’hui 2300.. 2300 ? On rajoute ceux qui sont sur Twitter…Bref, vous commencez à être nombreux à me suivre.
Vous êtes là dans les moments drôles, dans les coups de mou, pour me griller ou croire à mes blagounettes du 1er avril, pour me raconter en privé ce qui vous arrive, ce vous créez dans votre vie, ce vous vivez.
Il y a les habitués des commentaires, il y a ceux qui suivent sans commenter.

La première fois que j’ai réalisé l’impact, c’est pour le 1er avril où je vous ai fait croire que j’étais une étudiante en marketing. J’ai ha-llu-ci-né sur le nombre de message privé que j’ai reçu en peu de temps pour me demander si c’était vrai ou pour me faire part de votre déception.

J’aime bien aller voir d’où vous veneidéeidepaysz, ça me fait rêver :

 

 

 

 

 

 

 

 

J’aime bien voir ce qui vous a fait venir chez moi, ce que l’on appelle les requêtes:

oral infirmier, toilettes au lit et  stage en crèche sont en tête avec infirmière sexy.

Tout ça pour vous dire que vous avez pris une place importante, l’air de rien.

Je n’ai pas le temps de répondre à tous les messages et je m’en excuse. Parfois je réponds avec plusieurs mois de retard…Parfois, je me dis « Mince, elle, elle m’avait confié quelque chose d’important et je n’ai pas repris de ses nouvelles. »

Mon TFE, je l’ai dédié à mes enfants, à leur père pour son soutien, à quelques amies que j’ai nommé, mes camarades de promotions et j’ai marqué que je remercie « mes lecteurs ».

Tout ça pour vous dire merci.

 

 

 

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Je n’arrive plus à me projeter infirmière.

Il y a quelques mois, j’avais dit à une copine de promo « Je ne vois pas ce qui ferait que je ne serais pas diplômée en juillet. » J’étais plutôt sûre de moi.

Je savais que je pouvais tomber sur un stage compliqué d’ici la fin de l’année scolaire mais je me disais que je m’accrocherais. Une motivation sans faille.

Et puis mon TFE refusé pour une question de retard. Un putain de mail qui annonçait une heure limite parti dans mes spams.

Passez directement en case rattrapage sans passer par la case première session. Vous ne toucherez pas votre diplôme.

Alors forcément, au mois de mai, j’ai beaucoup déprimé. Ça c’est ressenti en stage. J’avais envie de pleurer toute la journée. Mon stage a été désastreux, j’ai été à deux doigts de devoir repasser un stage de rattrapage. Il s’en est fallu de peu. Un grand moment de négociation.

Les vacances, la reprise à la banque.

Aujourd’hui, je dois rendre mon TFE dans deux jours. Je vais le rendre aujourd’hui pour être sûre de n’avoir aucun retard.

Mais pour être franche, je suis amère. A la fois, j’ai le manque de l’ambiance en service, de l’hôpital, du bloc en particuliers et à la fois d’avoir été absente depuis 5 mois d’un service, je me sens perdue si je devais y retourner aujourd’hui. Et puis, mince, moi je vais avoir mon diplôme entre deux portes quand mes collègues ont eu leur diplôme enroulé dans un discours avec une fête à l’IFSI. J’ai cette sensation amère de ne pas mériter mon diplôme. Et puis il m’a déjà échappé des mains, et s’il m’échappait encore ? Et si je n’étais finalement diplômée qu’en mars 2015 ou pire juillet 2015.
Je revois cette étudiante en troisième année qui revenait présenter son TFE pour la troisième année consécutive.

Là aujourd’hui, je dépose mon TFE mais je n’arrive plus à me projeter infirmière. Du coup, je n’arrive plus à écrire.
J’ai des idées de sujet. Pleins. Mais là aujourd’hui, je ne sais pas si je peux écrire en tant qu’étudiante infirmière, en tant que future infirmière.

J’étais sûre d’être à l’aise avec la pharmaco, avec les gestes techniques, avec les différents processus et mon dernier stage en Soins Intensifs m’a laminée.

Je n’abandonne pas, attention, je vais jusqu’au bout mais je n’arrive plus à me projeter infirmière.

Ça reviendra sans doute avec le diplôme, avec la recherche du premier emploi.

 

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Equivalence Patient/Client, épisode 2

Il y a un client que j’ai vu une bonne quinzaine de fois depuis deux semaines. Il vient pour demander le solde du compte. Il revient pour savoir si le chèque numéro tant est passé. Après, il veut savoir s’il pouvait retirer de l’argent au guichet.

Autant, les personnes âgées, je comprends leur besoin de venir au guichet d’une banque, les habitudes. Mais ce jeune ?

Lui:  » mais euh, c’est quoi le paiement là ? »
Moi: « C’est MacDonalds. Vous êtes allé au MacDo ? Le 6 ? »
Lui: « Non! Je me suis fait piraté ma carte c’est sûr. »
Moi: « Le 6, c’était samedi…vous êtes sûr. »
Lui: « Oui sûr. »
Moi: « Le midi vous avez déjeuné où? »
Lui: « Chez moi. »
Moi: « Et le soir ? »
Lui: « Euh..j’étais chez un ami…Ah!!!! oui c’est vrai, on est allé au MacDo. »

Voilà, il revient pour savoir s’il peut parler à son conseiller concernant son épargne.

Et je le vois tous les jours…

 

Vous le reconnaissez ? Mais si, c’est le patient qui sonne toutes les deux minutes. « 

« J’ai soif « 

« J’ai mal »

« Ça y est je suis réveillé « 

« Vous ne m’avez pas donné mon traitement de midi »

« Ça fait longtemps que je ne suis pas allé à la selle.. » « Si, si, ce matin, vous avez même sonné pour me prévenir… »

Les mêmes…

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Equivalence patient/client épisode 1

Hier, à la banque, une cliente vient  me demander de fermer son épargne… Elle ne sait plus très bien quoi sur quoi.

Réactivité: « Voulez-vous prendre rendez-vous avec votre conseiller ? »
Elle:  » Je n’ai pas besoin de conseils !! »

Elle réfléchit et me dit: « Fermez le LDD (livret pour le développement durable, ex CODEVI) sur le LEP ( Livret d’Epargne Populaire). »

Moi: « Le LDD sur le LEP, c’est ça ? »
Elle:  » Oui, le LEP rapporte plus que LDD non ? C’est mieux, non ? Vous en pensez quoi ? »
Moi: « J’en pense que tu m’avais que tu n’avais pas besoin de conseils ??? »
Moi, en vrai et pas dans ma tête: « Oui comme vous voulez madame. Je fais tout de suite la cloture du LDD sur le LEP. »

Sauf que ça fait 5 ans que j’en ai pas fait et que le logiciel a un peu changé. J’appelle ma collègue.
« Dis, tu veux pas m’aider à faire la clôture d’un LDD sur un LEP ? »
Ma collègue qui arrive:  » La cloture d’un LDD sur un LEP…C’est bien ça madame, vous voulez clôturer votre LDD sur votre LEP. »
« Oui, tout à fait. »

On fait le nécessaire, le document à signer sort : « Signez ici, madame. »
« MAIS QU’EST CE QUE VOUS AVEZ FAIT ??? J’AI JAMAIS DEMANDE LA FERMETURE DE MON LDD!!! JE PARLAIS DE MON ASSURANCE VIE ! »

Cette cliente, vous la reconnaissez ?

Mais si, c’est la patiente qui hurle de douleur dès que vous entrez dans sa chambre, qui réclame des anti douleurs, de la morphine si possible, ce qu’il y a de plus fort. Celle qui a 12 sur une échelle allant de 1 à 10 dès qu’elle vous voit. Vous êtes sur le dos des médecins parce que cette patiente a mal et qu’il faut la soulager. Merde, qu’il prescrive quelque chose d’efficace !!

Le médecin :  » Bonjour, madame, vous vous plaignez de douleur ? Que se passe t’il  ? »
Elle:  » Non ça va, j’ai eu un peu mal à un moment, mais il ne faut pas exagérer et pas trop s’écouter. »

Les mêmes ….

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Ce soin qui m’est compliqué.

Il y a un soin avec lequel je suis mal à aise.

Piquer ? Facile. Je suis une bonne piqueuse. De manière générale, je trouve bien les veines. Je suis à l’aise avec ça. Un cathé, une prise de sang, même en chambre implantable. Ok je le fais. Même pas peur.

Poser une sonde urinaire? Bon, j’ai besoin de relire un peu le protocole. J’ai toujours eu quelqu’un sur le dos pour me dire de faire de telle ou telle manière, mais j’y arrive.

Sonde gastrique ? Pas ragoutant mais pas compliqué en soi.

Les pansements ? J’adore ! Ce geste qui me semble tellement typiquement infirmier, j’en ai fait mon point de départ de TFE.

Soins de gastrostomie ? Mon angoisse avant de rentrer à l’IFSI, oui enfin, ça va.

Enlever des agrafes ? des fils ? C’est marrant je trouve.

Soins de trachéo ? Aspiration ? Un peu dégueu, mais bon, rien d’insurmontable.

La transfusion ? Il y a cette petite sensation vampire. C’est fascinant cette poche de sang. Mais ça se fait sans problème.

Non, vraiment, il y a un soin  qui me met mal à l’aise. Un qui me demande prendre une inspiration avant d’entrer dans la chambre. Un qui me demande toujours un temps de réflexion plus long que les autres, pourtant je l’ai validé dès la première année !

Je l’ai fait à presque chaque stage ( sauf pédo psy et bloc). A chaque fois qu’on m’a vu faire ce soin, on m’a dit que je m’y prenais bien. Peut être un peu lente, mais je pense que c’est en partie par le stress que ça me procure. Ce soin, c’est la toilette.

Le soin basique infirmier.

Ça commence quand je prépare mon guéridon. J’ai tellement peur de d’oublier quelque chose et de devoir laisser mon patient en plan dans son lit à moitié lavé. Combien de gants? Dans certains lieux de stage, on me parle d’économie: juste un gant. Dans d’autres: deux. Dans mon dernier: trois !

Ensuite, dans quel ordre on fait les choses ? Certains patient aiment se laver les dents en premier, d’autre non. Certains veulent se raser d’abord, d’autres après.

Laver le visage. Ne pas mettre de l’eau dans les yeux. Moi, j’aime mettre du savon quand je me lave mon visage mais le patient, que veut-il ? J’entends tellement de soignants dire qu’il ne FAUT pas mettre de savon pour laver le visage mais moi je demande quand même. Si on doit me laver le visage à moi, sachez le, je veux du savon.

Ensuite, laver le haut. Déshabiller le patient, être face à sa vulnérabilité, sa faiblesse. Le laisser faire, s’il le peut. Ne pas mettre trop de savon, bien rincer, ne pas frotter trop fort pour ne pas abimer la peau, ne pas oublier les mains, sécher, couvrir.

Laver le bas, les jambes, les pieds; ne pas oublier entre les doigts pieds, ne pas montrer son écœurement parfois face aux odeurs, pas trop de savon, rincer, faire attention aux plaies, regarder les talons pour le patient qui ne peut pas bouger, bien essuyer, ne pas oublier entre les doigts de pieds (voir qu’il reste des saletés bien incrustées entre les doigts de pieds, ne pas montrer l’écœurement, relaver les pieds).

On passe à la petite toilette. Changer l’eau de la bassine, se poser trois milliards de question sur le gant quand il n’y a en qu’un par patient, être face au malaise du patient de se faire laver cette région si intime, ou pire être face à l’attrait du patient de se laisser faire, respecter sa pudeur, pas trop de savon, bien rincer.

Le dos. Tourner le patient avec douceur et en sécurité, laver le dos, retrouver le bon gant du haut, pas trop de savon, bien rincer. Les fesses, être face à la gêne (ou pas) du patient.

Changer les draps, laver le lit,  faire vite car la position en décubitus latérale n’est pas confortable, se prendre la tête encore au bout de trois ans sur comment bien faire les lits au carré et cette fichue pointe.

Rhabiller le patient, le réinstaller, déplacer un patient en haut du lit qui pèse parfois plus de 100Kg ( le patient) sans se faire mal au dos.

Les dents. Laver les dents de quelqu’un qui ne peut pas le faire….

Et pour les hommes, le rasage. Scènes tellement sexy au cinéma mais tellement compliquées à l’hôpital. Ne pas couper, faire les mouvements de bouche pour que le patient suive.

La crème pour le visage, l’eau de Cologne, le parfum, un petit coup de peigne.

Tout replacer pour le patient. Sonnette, téléphone, eau, adaptable, télécommande télévision.

Je ressors de la chambre en sueurs. Est ce que je n’ai rien oublié ? Est ce que le patient a été respecté ? Vraiment pour moi, la toilette c’est le soin qui m’est le plus compliqué.

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La négociation

J’ai validé toutes mes compétences à plusieurs reprises durant ma scolarité. Cela fait trois stages d’affilé que je valide TOUTES les compétences intégralement… Il fallait bien qu’il y ait un mais…

Voilà, vendredi, dernier jour du dernier stage, le méga dragon souhaite me faire mon bilan . J’ai dû revêtir ma tenue d’ancienne conseillère financier, celle qui négociait le taux des prêts immo avec ses clients.

Compétence 1 : Évaluer une situation clinique et établir un diagnostic dans le domaine infirmier.

-Mon dragon: « Oui tu as un bon relationnel avec les patients, tu sais les accueillir. Tu sais poser les questions. Mais bon, il y a eu une fois où tu as oublié de demander le téléphone de la personne à contacter. »
-Une autre IDE :  » Et puis une fois, tu allais poser un cathéter avec de la bétadine alors que tu n’avais pas demander s’il était allergique. »
-Moi: « Oui enfin j’étais dans la chambre quand tu as posé la question des allergies. »
-Une autre IDE: « Tu aurais dû lui redemander. »
-Mon dragon:  » Tu vois, c’est « à améliorer. En plus les entrées, tu ne les fais jamais vraiment seule. »
-Moi: « Vous non plus vous ne les faites pas seules. Vous travaillez en équipe, il y a toujours une personne qui fait l’administratif et une personne qui pose les questions et parfois une troisième qui pose le cathé. »
-Mon dragon: « Oui mais toi, tu es étudiante, alors tu aurais dû demander à le faire seule pour t’investir vraiment. »
Résultat: deux items sur trois « à améliorer. »

Compétence 2: Concevoir et conduire un projet de soins infirmier

-Mon dragon: « Bon tu sais faire les démarches, mais bon on peut toujours s’améliorer. Il ne faut pas que tu le prennes mal, même nous, on peut s’améliorer. »
-Moi: « S’il y a une case « acquis » c’est que l’on doit bien pouvoir la cocher un jour en tant qu’étudiant. »
-Mon dragon:  » Il y a eu une fois où une patiente était vraiment bradycarde et tu n’as pas donné l’alerte de suite. Même que tu aurais dû monter la vitesse du pousse seringue d’Isuprel. »
-Moi: « Tu m’as interdit toute initiative sur les médicaments même le doliprane, tu ne peux pas me reprocher ensuite de ne pas en avoir pris. » Si, visiblement, siRésultat: 3 items sur 6 « à améliorer »

Compétences 3: Accompagner une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens.

-L’autre IDE: « Bon là, on ne t’a pas vu faire alors on va mettre à améliorer. Et puis tu n’as pas fait beaucoup de toilette il me semble. »
Je sens mon stage partir en fumée. J’ai les larmes aux yeux et je reprends du poil de la bête en négociation.

-Moi: « Ah non, je ne peux pas te laisser dire ça. J’ai, au minimum, fait une à deux toilettes par jour. »
-Mon dragon: « Tu as fait tes coups en douce, on ne t’a jamais vu faire une toilette. Item 3 identification des risques, on ne sait pas si tu l’as fait en toute sécurité. »
-Moi: « Des coups en douce ? Je suis toujours venue vous voir pour dire qui j’allais faire en toilette, si j’allais le lever ou pas et si toilette au lit, j’ai expliqué pourquoi je la faisais au lit. Si vraiment vous aviez un doute sur la mise en danger des patients, pourquoi n’êtes vous pas intervenues sur aucune de mes toilettes sur les deux mois ?? » Les larmes coulent. Crédibilité : zéro sur la forme, 20/20 sur le fond.
Elles se regardent, cochent « acquis ».
Résultat: 3 items « acquis » sur 3

Compétence 4: Mettre en œuvre des actions à visée diagnostique et thérapeutique

Mon dragon me rappelle un petit évènement que je vais vous raconter :

Je dois préparer un antibiotique. Je fais le calcul dans ma tête. Elle me demande combien je dois prélever pour répondre à la prescription. Je réponds 9 mL.
Dragon, sur un ton affolé:  » Han ??? 9 mL ??? Tu te rends compte de ce que tu dis. »
Moi, sur un ton inquiet :  » euh???? attends je refais. … je recompte dans ma tête….euh oui 9mL..euh…9.5 ? euh…non c’est bien 9mL. » sur un ton peu assuré.
Dragon: « Tu vois, tu n’es pas sûre des tes calculs. C’est inadmissible. Oui c’est bien 9mL mais tu aurais dû être sûre de toi et pas faire ce que tu penses à peu près. »

Dragon: « Tu te souviens de ce calcul de dose. Ça montre que tu n’es pas assurée. Tu n’es pas encore professionnelle. »
Moi: « Mais je n’ai jamais eu un seul calcul de dose faux. »
Elle:  » Mais c’est peut être le hasard. »
Elles me reprennent aussi sur une erreur de dispensation où j’ai failli donner un comprimé entier de comprimé et pas la moitié.
Résultat: 2 items « à améliorer » sur 8.

Compétence 5: initier et mettre en oeuvre des soins éducatifs et préventifs.

Les deux en choeur: « Bon là on met « non pratiqué » parce que bon tu ne peux pas faire de l’éducation thérapeutique puisque tu n’es pas infirmière diplômée. On ne le met jamais validé ici. »
Moi:  » Oui mais si c’est mis à valider avant le diplome c’est bien que que l’on doit pouvoir le valider. Je l’ai validé à tous mes stages. »
Dragon: « Mais tu ne fais pas d’éducation thérapeutique. »
Moi: « Ça n’est pas ça, cette compétence. Ce sont toutes les fois où j’explique les anticoagulants aux patients, toutes les fois où j’explique comment va se passer la rééducation, quand je donne les brochures sur les facteurs de risque de l’IDM (infarctus du myocarde) et que je reviens pour demander au patient s’il a des questions, quand j’explique les traitements aux patients. Vous avez vu que je donne pas un médicaments ni un changement de perf sans expliquer au patient ce que je fais. C’est ça cette compétence. »
Elles se regardent ..hésitent.
L’autre IDE: « On ne peut pas te la valider. Tu ne fais pas de l’éducation thérapeutique. Tu préfères « à améliorer » ou « non pratiqué » ?
Moi: « A ce moment là, mettez « non pratiqué », mon école comprendra. »Résultat: 3 items sur 3 « non pratiqué. »

Compétence 6: Communiquer et conduire une relation dans un contexte de soin.

Elles se regardent, avec un air un peu dégouté me disent :  » Bon ça c’est sur, tu communiquent bien. »
Moi, un peu agacée:  » Oui ça il ne faut pas me l’enlever… »
Résultat: 3 items sur 3 « acquis.

Compétence 7 Analyser la qualité et améliorer sa pratique professionnelle.

-Dragon: « Bon tu as mis du temps à t’intéresser au protocole mais il faut dire que tu t’y es bien mise. « …regarde les items… » desinfection oui…matériel oui…analyse critique..oui.
Pour le circuit des déchets par contre…je ne sais pas si tu sais… »
-L’autre IDE:  » Où vont les DASRI ? »
Je réponds correctement.
-Dragon: « Où est la lingerie ? »
Je réponds correctement. Elles font une moue déçue.
-L’autre IDE:  » Où se trouve la stérilisation ? » Elle regarde le dragon avec un petit air de connivence.
Je réponds correctement sur les différents lieux de stérilisation.  Moue dégoutée
Elles cherchent…
-Dragon: « Ah! une seringue ? Tu la jettes dans quelle poubelle ? »
Dasri. Moue dégoutée
-L’autre IDE: « Et les poubelles dans le service, elles sont où ? »
Je réponds correctement.
-Dragon: « Et après, elles vont où ? »
Je réponds correctement. Moue très dégoutée.
-L’autre IDE:  » Et elles sont descendues combien de fois par jour ? »
-Moi: « Euh?? Deux fois ? »
-Dragon: « AAAAH. tu vois, tu ne sais pas. Tu n’es pas allée assez en profondeur. Tu restes en surface. C’est la nouvelle réforme qui veut ça. Vous restez en surface. Tu aurais dû te poser la question !! A améliorer. »
Résultat: 1 item sur 5 « à améliorer. »

Compétence 8: Rechercher et traiter des données professionnelles et scientifiques.

-Dragon, avec une moue déçue:  » Bon tu as des connaissances mais bon quand je t’ai posé des question en milieu de stage, tu avais des lacunes. »
Un jour, je vous raconterai cet interrogatoire pharmaco que j’ai eu. Une horreur.
-Moi: « Oui enfin , ce qui est important c’est ce que je sais en fin de stage et pas ce que je ne savais pas au milieu. »
-L’autre IDE: « Oui, oui…mais bon…tu avais des lacunes. »
-Dragon: « C’est la nouvelle réforme, maintenant on se contente de quelques connaissances et puis c’est tout. »
Résultat: tout acquis

Compétences 9: Organiser et coordonner les interventions soignantes.

-Autre IDE: « Bon là, c’est non pratiqué. »
-Moi: « Comment ça non pratiqué ? Quand je coordonne mes soins en fonction des soins à faire avec les aides soignantes pour les préparations de coro  ou  autre ? Quand je demande aux ASH de nettoyer prioritairement les chambres des patients où je dois faire des pansements ? Quand je fais la visite avec les médecin ? Quand j’appelle le labo, la radio, les kinés, les tabacologues, les angiologues ? Quand je fais tout ça, vous ne pensez pas que j’ai compris comment on travaille dans ce service en plurisciplinarité ??? »
Elles se regardent, acquiessent …
Résultats: Tout acquis

Compétence 10: personnes en formation

Non pratiqué, je n’ai pas du tout pris en charge l’étudiante AS. Elle était en fin d’année, très compétente et puis j’ai toujours validé cette compétence à TOUS mes stages. Je ne voyais pas l’intérêt de m’y attarder cette fois ci….

Pour les soins c’est soit acquis, soit non pratiqué. Ça me satisfait. Pas de « à améliorer ». Mais ça m’éclate de noter « acquis » l’entretien d’accueil et examen clinique d’un patient mais ne pas valider la compétence 1…bref…..

Je suis sortie vidée de ces 2h30 de négociation de bilan…2h30. J’en suis sortie en pleurant avec un simple au revoir à l’équipe, en ayant envie de dire adieu quand même. (Bon « allez vous faire foutre » avait aussi bien envie de sortir même si ça n’est pas mon vocabulaire de base….)

 

 

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IDP à défaut d’être IDE

Depuis plusieurs jours, les conversations tournent autour d’un patient dénutri et qui ne supporte plus de manger. Tout le monde s’interroge sur le fait de le sonder ou pas alors que le patient y est opposé. Quelles astuces pour lui donner envie de manger ? Quels aliments lui font envie ? etc…

Moi je suis concentrée sur mes patients. Mon stage est compliqué. J’ai le méga dragon sur mon dos qui a même appelé mon IFSI pour savoir ce qu’ils pensaient de moi. Je ne m’éparpille pas, je m’occupe de mes patients.

Et puis un midi, sonnette dans sa chambre. Toutes les infirmières sont occupées, j’y vais.

Lui:  » Posez-moi cette sonde, j’en peux plus, je ne veux plus manger. »
Moi: « Vous voulez que l’on prenne le temps ensemble ? »
Lui: « Mais je prends du temps vous savez. »
Moi: « Profitez en, j’en ai. »
On choisit ensemble ce qui lui plait sur le plateau. L’aide soignante arrive et enlève ce qui lui déplait. On discute un peu tous les trois, de tout de rien. L’aide soignante sort de la chambre.

Je continue à lui donner son repas lentement.

Lui: « Vous savez parfois, je me réveille la nuit et je suis inquiet. »
Moi: « Vous pensez à quoi dans ces moments d’inquiétude ? »
Lui:  » A ma femme, je ne veux pas l’inquiéter. Mais elle sait que j’ai peur de la mort. »
Moi: « Combien d’année de vie commune ?
Lui: « 56 ans. »
Moi:  » 56 ans ? Oui, vous n’avez presque plus besoin de parler, le regard suffit. »
Lui: « Oui… il sourit… comme nous, alors que nous nous connaissons depuis seulement quelques minutes, vous comprenez avec mes petits regards que c’est le moment d’approcher la cuillère. »

On rit ensemble.

Lui: « Ma femme était infirmière dans sa jeunesse. »
Moi: « Elle l’est encore non ? Je suis sûre qu’elle prend soin de vous. »
Lui: « Oui vous avez raison, elle est infirmière dans l’âme. Et puis, elle a voulu faire autre chose. Je crois qu’elle s’est trompé de chemin. »
Moi: « Pas évident les chemins de vie à choisir. Moi avant, je travaillais dans la banque, peut être que j’ai fait une erreur en devenant infirmière ou alors c’était la banque l’erreur ? Qui sait ? »

Je le vois essoufflé. Je lui dis qu’on n’est pas obligé de parler si c’est compliqué pour lui de manger et de parler.

On reste dans le silence quelques minutes. Juste les échanges de regards pour approcher la cuillère.

Lui: « Merci, je n’ai plus faim,  j’ai bien mangé. »
Moi: « N’hésitez pas à nous dire ce qui vous fait envie avant les repas pour voir si l’on peut  vous contenter. »Je me dirige vers la porte.

Lui: « Madame, je crois que vous ne vous êtes pas trompée en changeant de métier. »
Je lui souris.

Je sors de la chambre et j’ai les larmes aux yeux. Je ne serais pas diplômée en juillet pour une absurdité mais je suis IDP, infirmière Diplômée par le Patient.

 

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