Ce soin qui m’est compliqué.

Il y a un soin avec lequel je suis mal à aise.

Piquer ? Facile. Je suis une bonne piqueuse. De manière générale, je trouve bien les veines. Je suis à l’aise avec ça. Un cathé, une prise de sang, même en chambre implantable. Ok je le fais. Même pas peur.

Poser une sonde urinaire? Bon, j’ai besoin de relire un peu le protocole. J’ai toujours eu quelqu’un sur le dos pour me dire de faire de telle ou telle manière, mais j’y arrive.

Sonde gastrique ? Pas ragoutant mais pas compliqué en soi.

Les pansements ? J’adore ! Ce geste qui me semble tellement typiquement infirmier, j’en ai fait mon point de départ de TFE.

Soins de gastrostomie ? Mon angoisse avant de rentrer à l’IFSI, oui enfin, ça va.

Enlever des agrafes ? des fils ? C’est marrant je trouve.

Soins de trachéo ? Aspiration ? Un peu dégueu, mais bon, rien d’insurmontable.

La transfusion ? Il y a cette petite sensation vampire. C’est fascinant cette poche de sang. Mais ça se fait sans problème.

Non, vraiment, il y a un soin  qui me met mal à l’aise. Un qui me demande prendre une inspiration avant d’entrer dans la chambre. Un qui me demande toujours un temps de réflexion plus long que les autres, pourtant je l’ai validé dès la première année !

Je l’ai fait à presque chaque stage ( sauf pédo psy et bloc). A chaque fois qu’on m’a vu faire ce soin, on m’a dit que je m’y prenais bien. Peut être un peu lente, mais je pense que c’est en partie par le stress que ça me procure. Ce soin, c’est la toilette.

Le soin basique infirmier.

Ça commence quand je prépare mon guéridon. J’ai tellement peur de d’oublier quelque chose et de devoir laisser mon patient en plan dans son lit à moitié lavé. Combien de gants? Dans certains lieux de stage, on me parle d’économie: juste un gant. Dans d’autres: deux. Dans mon dernier: trois !

Ensuite, dans quel ordre on fait les choses ? Certains patient aiment se laver les dents en premier, d’autre non. Certains veulent se raser d’abord, d’autres après.

Laver le visage. Ne pas mettre de l’eau dans les yeux. Moi, j’aime mettre du savon quand je me lave mon visage mais le patient, que veut-il ? J’entends tellement de soignants dire qu’il ne FAUT pas mettre de savon pour laver le visage mais moi je demande quand même. Si on doit me laver le visage à moi, sachez le, je veux du savon.

Ensuite, laver le haut. Déshabiller le patient, être face à sa vulnérabilité, sa faiblesse. Le laisser faire, s’il le peut. Ne pas mettre trop de savon, bien rincer, ne pas frotter trop fort pour ne pas abimer la peau, ne pas oublier les mains, sécher, couvrir.

Laver le bas, les jambes, les pieds; ne pas oublier entre les doigts pieds, ne pas montrer son écœurement parfois face aux odeurs, pas trop de savon, rincer, faire attention aux plaies, regarder les talons pour le patient qui ne peut pas bouger, bien essuyer, ne pas oublier entre les doigts de pieds (voir qu’il reste des saletés bien incrustées entre les doigts de pieds, ne pas montrer l’écœurement, relaver les pieds).

On passe à la petite toilette. Changer l’eau de la bassine, se poser trois milliards de question sur le gant quand il n’y a en qu’un par patient, être face au malaise du patient de se faire laver cette région si intime, ou pire être face à l’attrait du patient de se laisser faire, respecter sa pudeur, pas trop de savon, bien rincer.

Le dos. Tourner le patient avec douceur et en sécurité, laver le dos, retrouver le bon gant du haut, pas trop de savon, bien rincer. Les fesses, être face à la gêne (ou pas) du patient.

Changer les draps, laver le lit,  faire vite car la position en décubitus latérale n’est pas confortable, se prendre la tête encore au bout de trois ans sur comment bien faire les lits au carré et cette fichue pointe.

Rhabiller le patient, le réinstaller, déplacer un patient en haut du lit qui pèse parfois plus de 100Kg ( le patient) sans se faire mal au dos.

Les dents. Laver les dents de quelqu’un qui ne peut pas le faire….

Et pour les hommes, le rasage. Scènes tellement sexy au cinéma mais tellement compliquées à l’hôpital. Ne pas couper, faire les mouvements de bouche pour que le patient suive.

La crème pour le visage, l’eau de Cologne, le parfum, un petit coup de peigne.

Tout replacer pour le patient. Sonnette, téléphone, eau, adaptable, télécommande télévision.

Je ressors de la chambre en sueurs. Est ce que je n’ai rien oublié ? Est ce que le patient a été respecté ? Vraiment pour moi, la toilette c’est le soin qui m’est le plus compliqué.

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La négociation

J’ai validé toutes mes compétences à plusieurs reprises durant ma scolarité. Cela fait trois stages d’affilé que je valide TOUTES les compétences intégralement… Il fallait bien qu’il y ait un mais…

Voilà, vendredi, dernier jour du dernier stage, le méga dragon souhaite me faire mon bilan . J’ai dû revêtir ma tenue d’ancienne conseillère financier, celle qui négociait le taux des prêts immo avec ses clients.

Compétence 1 : Évaluer une situation clinique et établir un diagnostic dans le domaine infirmier.

-Mon dragon: "Oui tu as un bon relationnel avec les patients, tu sais les accueillir. Tu sais poser les questions. Mais bon, il y a eu une fois où tu as oublié de demander le téléphone de la personne à contacter."
-Une autre IDE : " Et puis une fois, tu allais poser un cathéter avec de la bétadine alors que tu n’avais pas demander s’il était allergique."
-Moi: "Oui enfin j’étais dans la chambre quand tu as posé la question des allergies."
-Une autre IDE: "Tu aurais dû lui redemander."
-Mon dragon: " Tu vois, c’est "à améliorer. En plus les entrées, tu ne les fais jamais vraiment seule."
-Moi: "Vous non plus vous ne les faites pas seules. Vous travaillez en équipe, il y a toujours une personne qui fait l’administratif et une personne qui pose les questions et parfois une troisième qui pose le cathé."
-Mon dragon: "Oui mais toi, tu es étudiante, alors tu aurais dû demander à le faire seule pour t’investir vraiment."
Résultat: deux items sur trois "à améliorer."

Compétence 2: Concevoir et conduire un projet de soins infirmier

-Mon dragon: "Bon tu sais faire les démarches, mais bon on peut toujours s’améliorer. Il ne faut pas que tu le prennes mal, même nous, on peut s’améliorer."
-Moi: "S’il y a une case "acquis" c’est que l’on doit bien pouvoir la cocher un jour en tant qu’étudiant."
-Mon dragon: " Il y a eu une fois où une patiente était vraiment bradycarde et tu n’as pas donné l’alerte de suite. Même que tu aurais dû monter la vitesse du pousse seringue d’Isuprel."
-Moi: "Tu m’as interdit toute initiative sur les médicaments même le doliprane, tu ne peux pas me reprocher ensuite de ne pas en avoir pris." Si, visiblement, siRésultat: 3 items sur 6 "à améliorer"

Compétences 3: Accompagner une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens.

-L’autre IDE: "Bon là, on ne t’a pas vu faire alors on va mettre à améliorer. Et puis tu n’as pas fait beaucoup de toilette il me semble."
Je sens mon stage partir en fumée. J’ai les larmes aux yeux et je reprends du poil de la bête en négociation.

-Moi: "Ah non, je ne peux pas te laisser dire ça. J’ai, au minimum, fait une à deux toilettes par jour."
-Mon dragon: "Tu as fait tes coups en douce, on ne t’a jamais vu faire une toilette. Item 3 identification des risques, on ne sait pas si tu l’as fait en toute sécurité."
-Moi: "Des coups en douce ? Je suis toujours venue vous voir pour dire qui j’allais faire en toilette, si j’allais le lever ou pas et si toilette au lit, j’ai expliqué pourquoi je la faisais au lit. Si vraiment vous aviez un doute sur la mise en danger des patients, pourquoi n’êtes vous pas intervenues sur aucune de mes toilettes sur les deux mois ??" Les larmes coulent. Crédibilité : zéro sur la forme, 20/20 sur le fond.
Elles se regardent, cochent "acquis".
Résultat: 3 items "acquis" sur 3

Compétence 4: Mettre en œuvre des actions à visée diagnostique et thérapeutique

Mon dragon me rappelle un petit évènement que je vais vous raconter :

Je dois préparer un antibiotique. Je fais le calcul dans ma tête. Elle me demande combien je dois prélever pour répondre à la prescription. Je réponds 9 mL.
Dragon, sur un ton affolé: " Han ??? 9 mL ??? Tu te rends compte de ce que tu dis."
Moi, sur un ton inquiet : " euh???? attends je refais. … je recompte dans ma tête….euh oui 9mL..euh…9.5 ? euh…non c’est bien 9mL." sur un ton peu assuré.
Dragon: "Tu vois, tu n’es pas sûre des tes calculs. C’est inadmissible. Oui c’est bien 9mL mais tu aurais dû être sûre de toi et pas faire ce que tu penses à peu près."

Dragon: "Tu te souviens de ce calcul de dose. Ça montre que tu n’es pas assurée. Tu n’es pas encore professionnelle."
Moi: "Mais je n’ai jamais eu un seul calcul de dose faux."
Elle: " Mais c’est peut être le hasard."
Elles me reprennent aussi sur une erreur de dispensation où j’ai failli donner un comprimé entier de comprimé et pas la moitié.
Résultat: 2 items "à améliorer" sur 8.

Compétence 5: initier et mettre en oeuvre des soins éducatifs et préventifs.

Les deux en choeur: "Bon là on met "non pratiqué" parce que bon tu ne peux pas faire de l’éducation thérapeutique puisque tu n’es pas infirmière diplômée. On ne le met jamais validé ici."
Moi: " Oui mais si c’est mis à valider avant le diplome c’est bien que que l’on doit pouvoir le valider. Je l’ai validé à tous mes stages."
Dragon: "Mais tu ne fais pas d’éducation thérapeutique."
Moi: "Ça n’est pas ça, cette compétence. Ce sont toutes les fois où j’explique les anticoagulants aux patients, toutes les fois où j’explique comment va se passer la rééducation, quand je donne les brochures sur les facteurs de risque de l’IDM (infarctus du myocarde) et que je reviens pour demander au patient s’il a des questions, quand j’explique les traitements aux patients. Vous avez vu que je donne pas un médicaments ni un changement de perf sans expliquer au patient ce que je fais. C’est ça cette compétence."
Elles se regardent ..hésitent.
L’autre IDE: "On ne peut pas te la valider. Tu ne fais pas de l’éducation thérapeutique. Tu préfères "à améliorer" ou "non pratiqué" ?
Moi: "A ce moment là, mettez "non pratiqué", mon école comprendra."Résultat: 3 items sur 3 "non pratiqué."

Compétence 6: Communiquer et conduire une relation dans un contexte de soin.

Elles se regardent, avec un air un peu dégouté me disent : " Bon ça c’est sur, tu communiquent bien."
Moi, un peu agacée: " Oui ça il ne faut pas me l’enlever…"
Résultat: 3 items sur 3 "acquis.

Compétence 7 Analyser la qualité et améliorer sa pratique professionnelle.

-Dragon: "Bon tu as mis du temps à t’intéresser au protocole mais il faut dire que tu t’y es bien mise. "…regarde les items…" desinfection oui…matériel oui…analyse critique..oui.
Pour le circuit des déchets par contre…je ne sais pas si tu sais…"
-L’autre IDE: " Où vont les DASRI ?"
Je réponds correctement.
-Dragon: "Où est la lingerie ?"
Je réponds correctement. Elles font une moue déçue.
-L’autre IDE: " Où se trouve la stérilisation ?" Elle regarde le dragon avec un petit air de connivence.
Je réponds correctement sur les différents lieux de stérilisation.  Moue dégoutée
Elles cherchent…
-Dragon: "Ah! une seringue ? Tu la jettes dans quelle poubelle ?"
Dasri. Moue dégoutée
-L’autre IDE: "Et les poubelles dans le service, elles sont où ?"
Je réponds correctement.
-Dragon: "Et après, elles vont où ?"
Je réponds correctement. Moue très dégoutée.
-L’autre IDE: " Et elles sont descendues combien de fois par jour ?"
-Moi: "Euh?? Deux fois ?"
-Dragon: "AAAAH. tu vois, tu ne sais pas. Tu n’es pas allée assez en profondeur. Tu restes en surface. C’est la nouvelle réforme qui veut ça. Vous restez en surface. Tu aurais dû te poser la question !! A améliorer."
Résultat: 1 item sur 5 "à améliorer."

Compétence 8: Rechercher et traiter des données professionnelles et scientifiques.

-Dragon, avec une moue déçue: " Bon tu as des connaissances mais bon quand je t’ai posé des question en milieu de stage, tu avais des lacunes."
Un jour, je vous raconterai cet interrogatoire pharmaco que j’ai eu. Une horreur.
-Moi: "Oui enfin , ce qui est important c’est ce que je sais en fin de stage et pas ce que je ne savais pas au milieu."
-L’autre IDE: "Oui, oui…mais bon…tu avais des lacunes."
-Dragon: "C’est la nouvelle réforme, maintenant on se contente de quelques connaissances et puis c’est tout."
Résultat: tout acquis

Compétences 9: Organiser et coordonner les interventions soignantes.

-Autre IDE: "Bon là, c’est non pratiqué."
-Moi: "Comment ça non pratiqué ? Quand je coordonne mes soins en fonction des soins à faire avec les aides soignantes pour les préparations de coro  ou  autre ? Quand je demande aux ASH de nettoyer prioritairement les chambres des patients où je dois faire des pansements ? Quand je fais la visite avec les médecin ? Quand j’appelle le labo, la radio, les kinés, les tabacologues, les angiologues ? Quand je fais tout ça, vous ne pensez pas que j’ai compris comment on travaille dans ce service en plurisciplinarité ???"
Elles se regardent, acquiessent …
Résultats: Tout acquis

Compétence 10: personnes en formation

Non pratiqué, je n’ai pas du tout pris en charge l’étudiante AS. Elle était en fin d’année, très compétente et puis j’ai toujours validé cette compétence à TOUS mes stages. Je ne voyais pas l’intérêt de m’y attarder cette fois ci….

Pour les soins c’est soit acquis, soit non pratiqué. Ça me satisfait. Pas de "à améliorer". Mais ça m’éclate de noter "acquis" l’entretien d’accueil et examen clinique d’un patient mais ne pas valider la compétence 1…bref…..

Je suis sortie vidée de ces 2h30 de négociation de bilan…2h30. J’en suis sortie en pleurant avec un simple au revoir à l’équipe, en ayant envie de dire adieu quand même. (Bon "allez vous faire foutre" avait aussi bien envie de sortir même si ça n’est pas mon vocabulaire de base….)

 

 

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IDP à défaut d’être IDE

Depuis plusieurs jours, les conversations tournent autour d’un patient dénutri et qui ne supporte plus de manger. Tout le monde s’interroge sur le fait de le sonder ou pas alors que le patient y est opposé. Quelles astuces pour lui donner envie de manger ? Quels aliments lui font envie ? etc…

Moi je suis concentrée sur mes patients. Mon stage est compliqué. J’ai le méga dragon sur mon dos qui a même appelé mon IFSI pour savoir ce qu’ils pensaient de moi. Je ne m’éparpille pas, je m’occupe de mes patients.

Et puis un midi, sonnette dans sa chambre. Toutes les infirmières sont occupées, j’y vais.

Lui: " Posez-moi cette sonde, j’en peux plus, je ne veux plus manger."
Moi: "Vous voulez que l’on prenne le temps ensemble ?"
Lui: "Mais je prends du temps vous savez."
Moi: "Profitez en, j’en ai."
On choisit ensemble ce qui lui plait sur le plateau. L’aide soignante arrive et enlève ce qui lui déplait. On discute un peu tous les trois, de tout de rien. L’aide soignante sort de la chambre.

Je continue à lui donner son repas lentement.

Lui: "Vous savez parfois, je me réveille la nuit et je suis inquiet."
Moi: "Vous pensez à quoi dans ces moments d’inquiétude ?"
Lui: " A ma femme, je ne veux pas l’inquiéter. Mais elle sait que j’ai peur de la mort."
Moi: "Combien d’année de vie commune ?
Lui: "56 ans."
Moi: " 56 ans ? Oui, vous n’avez presque plus besoin de parler, le regard suffit."
Lui: "Oui… il sourit… comme nous, alors que nous nous connaissons depuis seulement quelques minutes, vous comprenez avec mes petits regards que c’est le moment d’approcher la cuillère."

On rit ensemble.

Lui: "Ma femme était infirmière dans sa jeunesse."
Moi: "Elle l’est encore non ? Je suis sûre qu’elle prend soin de vous."
Lui: "Oui vous avez raison, elle est infirmière dans l’âme. Et puis, elle a voulu faire autre chose. Je crois qu’elle s’est trompé de chemin."
Moi: "Pas évident les chemins de vie à choisir. Moi avant, je travaillais dans la banque, peut être que j’ai fait une erreur en devenant infirmière ou alors c’était la banque l’erreur ? Qui sait ?"

Je le vois essoufflé. Je lui dis qu’on n’est pas obligé de parler si c’est compliqué pour lui de manger et de parler.

On reste dans le silence quelques minutes. Juste les échanges de regards pour approcher la cuillère.

Lui: "Merci, je n’ai plus faim,  j’ai bien mangé."
Moi: "N’hésitez pas à nous dire ce qui vous fait envie avant les repas pour voir si l’on peut  vous contenter."Je me dirige vers la porte.

Lui: "Madame, je crois que vous ne vous êtes pas trompée en changeant de métier."
Je lui souris.

Je sors de la chambre et j’ai les larmes aux yeux. Je ne serais pas diplômée en juillet pour une absurdité mais je suis IDP, infirmière Diplômée par le Patient.

 

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Retour en première année.

Cette semaine, je dois suivre une infirmière qui me renvoie à ma première année. Même pour les prises de tension, elle ne veut pas que je sois seule. Pour préparer une injection, juste mettre le NaCl dans la poudre, elle veut voir comment je fais. Évidemment je ne peux pas prendre d’initiative. Pour parler au médecin, je dois l’attendre. Poser un cathé ? "Attends que je sois à coté de toi". Donner un lasilix ? "Attends, tu es sûre que c’est bien du lasilix? Montre moi."

J’ai eu le droit à une espèce d’interrogatoire sur la pharmaco. Je n’arrivais pas à répondre à tout. "Comment ça  ? Tu ne sais pas si c’est un diurétique de l’anse? Incroyable de ne pas savoir ça ?? Tu te rends compte que tu ne sais rien ?"
Ceci dit, la façon de faire était tellement humiliante, dans l’office devant tout le monde en riant à toutes les réponses mêmes bonnes, si elle m’avait demandé le prénom de mes enfants, je n’aurais pas su.

Bref, je vis quelques jours de lassitude complète.

Heureusement par contre, elle me valide des actes.

Elle m’énerve, me démoralise, me renvoie à une grande incompétence quand d’autres dans le même service me trouvent super. Mais quelque part, je la comprends. Plus de 20 ans dans le même service, elle est experte en son domaine et ne se souvient plus de ce que c’est de débuter. En discutant avec une autre étudiante passée dans ce service, je réalise qu’elle est pareille avec tout le monde. Ne pas savoir parfaitement l’anatomie du coeur et les pathologies associées est impensable pour elle ! Donc oui, elle me rend la tache compliquée, mais quelque part, je comprends ce qui se passe. Ceci dit, heureusement que toutes les infirmières expérimentées ne se comportent pas comme ça.

Celle que je ne comprends pas, c’est sa jeune collègue récemment diplômée, qui n’a travaillé que dans ce service et qui rit comme une hyène à chacune de mes questions ou à chacune de mes réponses à leurs questions. Non, elle,  je ne le la comprends pas.

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Comment poser des questions, si elles lui semblent toutes stupides ? Et comment apprendre si on ne pose pas de questions ? Dans un précédent stage, je cherchais toutes les réponses  à mes questions dans les livres et une infirmière m’avait dit : "Apprends plutôt de tes collègues, AS, IDE, médecin etc….Ils te donneront des astuces de leur métier."

Mais là, je ne devrais pas avoir à poser de questions puisque tout est dans les livres.

Alors non, je ne comprends pas comment si peu de temps après le diplôme, on peut devenir un dragon..

C’est la première fois que je sors d’un stage en me disant que je ne voudrais pas y travailler.

Fallait bien que ça m’arrive.

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Attrapez les tous!

Ce matin,  j’ai pris en charge une patiente. Elle estbun peu dyspneique (difficulté pour respirer) mais elle va bien. Elle a le sourire. Je l’aide à faire sa toilette.
On rigole.  Elle est coquette et se fait belle.
Sa fille appelle pour me demander comment elle va.
"Bien! On doit continuer à surveiller son arythmie mais ça va bien."

Et puis son petit fils vient la voir…
→Évolution en patiente: elle-va-mourrrrrrrir-euh-la-mamaaaaaa.

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Toute la famille vient en pleurs. 
"Mais pourquoi on ne nous a pas dit qu’elle allait si mal????"

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Une semaine noire

Il y a des détails que je ne peux pas vous donner ici sous peine d’être totalement grillée tellement c’est précis mais je vis une semaine très noire.

On me dirige vers la session de rattrapage en septembre sans passer par la case première session pour une UE. Un recours est en cours, je n’y crois pas trop mais sait-on jamais. Donc, il y a une probabilité non négligeable que je ne sois diplômée qu’en novembre et pas en juillet. J’y ai passé pas mal de temps à pleurer. C’est en plus une telle absurdité que j’en ai gros sur la patate.

Je risque donc d’être diplômée en novembre et de prendre mon premier poste sans toucher à un patient pendant presque 6 mois car pas de stage de rattrapage.

Vous me direz de prendre un poste en tant qu’aide soignante ?

Est ce raisonnable quand on est une mère de famille de quitter un poste en CDI relativement bien payé pour un poste en CDD avec le salaire aide soignante qui est scandaleux ?

Donc je suis en attente de ce recours et je poursuis mon stage qui se passe super bien.

Oui mais je suis dans ma semaine noire. Là j’ai passé deux jours avec un infirmier qui met systématiquement en situation d’échec.

Il te dit que tu fais une erreur dans la dispensation des traitements. Tu regardes la prescription. Il n’y a pas d’erreur mais il te dit que tu dois être attentive quand même car il est sûr que tu dois faire des erreurs parfois.

Tu fais une démarche. Il te dit qu’il est sûr que s’il te pose une question, tu ne sauras pas répondre. Tu lui demandes de te poser une question car tu sais que tu as bien bossé cette pathologie. Il te répond qu’il n’a pas envie car il sait que tu ne sais pas.

Je dois poser un cathé. J’en ai posé 15 depuis le début du stage déjà mais il dit qu’il veut me voir le faire. Ok. Je lui dis que je suis prête…il me fait poireauter 45 minutes. Quand il vient me voir : " Comment ? tu ne l’as pas posé ? tu crois pas qu’il serait temps à ton niveau de savoir prendre des initiatives ?"

Ok je prends l’initiative donc de faire une injection à un patient et je le précise lors des transmissions. Là il m’explique que je n’aurai pas dû le faire car j’ai mal compris la prescription. On relit à plusieurs reprises la prescription, j’avais raison de le faire. "Oui mais bon, la prescription n’est pas claire. Tu aurais pu faire une erreur quand même." Je la trouvais très claire moi cette prescription si tu lis tous les mots.

Si on rajoute l’aide soignante qui me prend pour une demeurée et qui me demande à plusieurs reprises si je pense m’en sortir quand elle m’explique comment aller à un bureau plusieurs étages plus bas. J’avais envie de lui dire " Ecoute, j’approche la quarantaine. Au pire que veux tu que je fasse si je ne trouve pas ce bureau ? Je vais pas me mettre à pleurer au milieu des couloirs ou me coucher en position foetale en attendant qu’on me ramène dans le service. Au pire, je pose la question à quelqu’un pour m’aider et au pire des pires du pire, je reviens bredouille."

Ou encore, elle me dit de bien mettre la sonnette à coté du patient en sortant. " Oui je l’ai fait et je le fais à chaque fois." "Oui mais je te le dis car tu es étudiante."

Je veux bien entendre qu’il y a des étudiants de troisième année qui ne le font pas peut être pas, et peut être que UNE fois dans la précipitation, je pourrais un jour oublier. Mais globalement, quand on voit que l’étudiant fait bien les choses, pourquoi lui rappeler de le faire comme s’il avait oublié ? Surtout devant le patient.

Heureusement pour moi, je n’aurai plus à les suivre. J’espère donc clore cette semaine noire ici et en redémarrer une sur de nouvelles bases avec une bonne nouvelle pour la première session de juin. D’autant que cette semaine, je serai avec mes deux infirmières préférées !!

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Retour en arrière.

En allant faire mes entretiens, je suis tombée sur mon serial piqueur.

Ça m’a fait plaisir de le voir ! J’ai pu papoter un peu avec lui. C’est bête, mais je n’ai pas osé lui dire qu’il m’avait fait vachement progresser. Je n’appréciais pas tout de sa façon d’être avec les patients, mais je dois avouer que techniquement il m’a fait faire un bon incroyable ainsi que sur ma réflexion du métier..

Et voilà que je tombe dans mon dernier stage sur un du même genre, sauf qu’il se la pète un peu moins. Non en fait, il ne se la pète pas du tout.

Je prépare les médicaments des patients: "Pourquoi tu lui donnes du Diffu-K ?" " Parce qu’il est sous Lasilix et donc pour compenser la fuite de potassium."

"Il va avoir une ETO, qu’est ce que c’est ? " " Une échographie transoesophagienne, pour faire une échographie au plus près du coeur."

"Tu sais faire un ECG? " " Évidemment, j’y vais ! "
"Je te regarde pour faire le pansement, ok ? " "OK!" et en sortant " Eh dis donc, tu te débrouilles bien avec les pansements."
Voilà, je vois la différence. Je me sens collègue. Je réponds aux questions. Je suis à l’aise. J’apprends, attention, je ne dis pas que je sais tout, mais je ne me sens pas boulet.

Je suis contente!

En plus, en relisant mon vieux billet, je vois que je n’arrivais pas à faire les lits au carré. Maintenant, si !

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