Et si c’était ton père?

On a souvent l’art de nous faire culpabiliser de refuser des heures supplémentaires.

Mardi dernier, 7 mars, on a fait rentrer un patient au bloc opératoire dans une salle sensée être fermée.

On ne prévient pas les infirmières de manière à ce qu’elles ne puissent pas refuser d’ouvrir la salle. Il est 16h. Les infirmières sur place doivent partir à 17h, le patient rentre pour une intervention qui dure au bas mot 2h. En faisant rentrer ce patient, ils savent que cela nous imposera des heures supplémentaires. Ils savent parfaitement qu’on sortira le patient à 18h et si on rajoute le temps de nettoyage et remonter la salle, on partira à 18h30.

Ils savent. C’est pour ça qu’ils ont poussé le patient sans nous prévenir en amont.

Ils doivent savoir mais l’occultent, que derrière, on sera très en retard pour récupérer nos enfants, qu’ils nous enlèvent du temps auprès de notre famille, qu’ils nous envoient du mépris dans la gueule.

Alors pour ne pas qu’on l’ouvre, on a régulièrement le droit à : « Mais si c’était ton père??? Tu ne voudrais qu’il soit pris en charge? »

Je vous passe le couplet sur notre société patriarcale dans laquelle il faut sauver le père à la vieille de la journée internationale des droits de la femme. Ça ne sera pas le sujet du jour.

Et si c’était mon père ?

Si c’était mon père, je ne voudrais pas qu’il soit poussé en salle opératoire alors qu’aucune urgence vitale est en jeu. Simplement parce qu’on se dit qu’il y a deux infirmières qui ne sont pas en salle, alors on va les occuper. Quand on n’est pas en salle, on fait des commandes, on surveille les péremptions etc…

Si c’était mon père, je souhaiterais qu’il y ait le matériel adéquat et que les équipes ne soient pas obligées de courir après le matériel ou en train de faire du bricolage comme c’est trop souvent le cas.

Si c’était mon père, je souhaiterais que les salles opératoires soient en état correct de fonctionnement et pas avec des portes qui ne se ferment plus, un auge de lavage défectueuse, etc…

Si c’était mon père, je souhaiterais que ceux qui le soignent soient en état de le faire et pas épuisés par des semaines à rallonge.

Si c’était mon père, je souhaiterais qu’il arrive dans une situation apaisée et pas dans une équipe où les tensions sont telles que les équipes d’anesthésie et chirurgicale ne s’adressent à peine la parole.

Si c’était mon père, je ne voudrais pas qu’il soit transporté en salle par un brancardier endolori par des journées impossibles et du matériel inadapté.

Si c’était mon père, je voudrais qu’après son intervention il y ait le nombre suffisant d’infirmières pour sa surveillance.

Si c’était mon père, je voudrais qu’il y ait un centre de réadaptation proche de son domicile et de sa femme.

Si c’était mon père….

Maintenant, puisque la vie du père est importante, qu’en est il de l’avis des pères des infirmières qui se sont suicidé?

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2 commentaires pour Et si c’était ton père?

  1. Leomonyork dit :

    Tellement vrai !

  2. Ton enfant, ta grand-mère et bla et bla
    Combien de fois on l’a entendu et combien de fois cela est navrant.

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