Ce soin qui m’est compliqué.

Il y a un soin avec lequel je suis mal à aise.

Piquer ? Facile. Je suis une bonne piqueuse. De manière générale, je trouve bien les veines. Je suis à l’aise avec ça. Un cathé, une prise de sang, même en chambre implantable. Ok je le fais. Même pas peur.

Poser une sonde urinaire? Bon, j’ai besoin de relire un peu le protocole. J’ai toujours eu quelqu’un sur le dos pour me dire de faire de telle ou telle manière, mais j’y arrive.

Sonde gastrique ? Pas ragoutant mais pas compliqué en soi.

Les pansements ? J’adore ! Ce geste qui me semble tellement typiquement infirmier, j’en ai fait mon point de départ de TFE.

Soins de gastrostomie ? Mon angoisse avant de rentrer à l’IFSI, oui enfin, ça va.

Enlever des agrafes ? des fils ? C’est marrant je trouve.

Soins de trachéo ? Aspiration ? Un peu dégueu, mais bon, rien d’insurmontable.

La transfusion ? Il y a cette petite sensation vampire. C’est fascinant cette poche de sang. Mais ça se fait sans problème.

Non, vraiment, il y a un soin  qui me met mal à l’aise. Un qui me demande prendre une inspiration avant d’entrer dans la chambre. Un qui me demande toujours un temps de réflexion plus long que les autres, pourtant je l’ai validé dès la première année !

Je l’ai fait à presque chaque stage ( sauf pédo psy et bloc). A chaque fois qu’on m’a vu faire ce soin, on m’a dit que je m’y prenais bien. Peut être un peu lente, mais je pense que c’est en partie par le stress que ça me procure. Ce soin, c’est la toilette.

Le soin basique infirmier.

Ça commence quand je prépare mon guéridon. J’ai tellement peur de d’oublier quelque chose et de devoir laisser mon patient en plan dans son lit à moitié lavé. Combien de gants? Dans certains lieux de stage, on me parle d’économie: juste un gant. Dans d’autres: deux. Dans mon dernier: trois !

Ensuite, dans quel ordre on fait les choses ? Certains patient aiment se laver les dents en premier, d’autre non. Certains veulent se raser d’abord, d’autres après.

Laver le visage. Ne pas mettre de l’eau dans les yeux. Moi, j’aime mettre du savon quand je me lave mon visage mais le patient, que veut-il ? J’entends tellement de soignants dire qu’il ne FAUT pas mettre de savon pour laver le visage mais moi je demande quand même. Si on doit me laver le visage à moi, sachez le, je veux du savon.

Ensuite, laver le haut. Déshabiller le patient, être face à sa vulnérabilité, sa faiblesse. Le laisser faire, s’il le peut. Ne pas mettre trop de savon, bien rincer, ne pas frotter trop fort pour ne pas abimer la peau, ne pas oublier les mains, sécher, couvrir.

Laver le bas, les jambes, les pieds; ne pas oublier entre les doigts pieds, ne pas montrer son écœurement parfois face aux odeurs, pas trop de savon, rincer, faire attention aux plaies, regarder les talons pour le patient qui ne peut pas bouger, bien essuyer, ne pas oublier entre les doigts de pieds (voir qu’il reste des saletés bien incrustées entre les doigts de pieds, ne pas montrer l’écœurement, relaver les pieds).

On passe à la petite toilette. Changer l’eau de la bassine, se poser trois milliards de question sur le gant quand il n’y a en qu’un par patient, être face au malaise du patient de se faire laver cette région si intime, ou pire être face à l’attrait du patient de se laisser faire, respecter sa pudeur, pas trop de savon, bien rincer.

Le dos. Tourner le patient avec douceur et en sécurité, laver le dos, retrouver le bon gant du haut, pas trop de savon, bien rincer. Les fesses, être face à la gêne (ou pas) du patient.

Changer les draps, laver le lit,  faire vite car la position en décubitus latérale n’est pas confortable, se prendre la tête encore au bout de trois ans sur comment bien faire les lits au carré et cette fichue pointe.

Rhabiller le patient, le réinstaller, déplacer un patient en haut du lit qui pèse parfois plus de 100Kg ( le patient) sans se faire mal au dos.

Les dents. Laver les dents de quelqu’un qui ne peut pas le faire….

Et pour les hommes, le rasage. Scènes tellement sexy au cinéma mais tellement compliquées à l’hôpital. Ne pas couper, faire les mouvements de bouche pour que le patient suive.

La crème pour le visage, l’eau de Cologne, le parfum, un petit coup de peigne.

Tout replacer pour le patient. Sonnette, téléphone, eau, adaptable, télécommande télévision.

Je ressors de la chambre en sueurs. Est ce que je n’ai rien oublié ? Est ce que le patient a été respecté ? Vraiment pour moi, la toilette c’est le soin qui m’est le plus compliqué.

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13 commentaires pour Ce soin qui m’est compliqué.

  1. Lu dit :

    Bonjour!

    C’est pour moi aussi, le soin où on est à la fois actrice et passive face au souhait du patient. La disponibilité doit être totale, dès le départ. Fin de S1 pour moi, je suis heureuse. J’espère que pour toi tout aille bien…

  2. Je te comprends. Même diplômée depuis 2012, j’ai toujours peur d’oublier quelque chose, de mal m’y prendre.
    Je l’ai encore plus appréhendé dans mon ancien service au bout d’un temps, quand on faisait avec des collègues avec qui le courant ne passait pas, car elles cherchaient toujours la petite bête, alors que j’avais été vue vue et revue et validé en stage. Cette impression d’être encore étudiante avec ces collègues… Bref c’était devenu une corvée ces toilettes.
    Là j’ai changé de service, j’en fais un peu moins, mais je les fais avec bien plus de « plaisir », je ne me sens pas jugée…

  3. Fanou dit :

    Ouahhh ! Que ça fait du bien de lire ces lignes… Je ressens exactement la même chose que toi ! Je suis ESI et je viens de terminer ma seconde année. J’ai eu tout le loisir d’appréhender les soins d’hygiène puisque 3 stage en maison de retraite… mais malgré tout, ce soin reste celui qui me fait le plus peur… Peur d’oublier quelque chose, de mal faire et de faire mal, de ne pas suffisamment prendre en considération mon patient ou trop… Finalement je ne suis pas la seule, ça me rassure !

  4. Blueberry dit :

    Dans un service de chir dans un centre de lutte contre le cancer depuis 3 ans, je ne fais, en tant qu’IDE, que très rarement des toilettes, ou alors vraiment en cas de prise en charge de fin de vie complexe ou pour les toilettes mortuaires. Nous avons la chance d’avoir de bons effectifs, autant pour les IDE que les AS.
    Mais je me rappelle avoir eu les mêmes appréhensions que toi lors de mes études. La sensation de solitude extrême lorsque tu te rends compte que tu as oublié un gant, ou un change,et en tant qu’étudiante, l’impossibilité d’appeler une collègue à la rescousse, sous peine de se faire critiquer. C’est un soin très complexe, et à la manière dont tu le décris, c’est que tu correctement appréhender tous les aspects de ce soin, et surtout l’adaptation à la personne soignée. Et ça, c’est 90% du chemin de fait.
    Bon courage à toi.

  5. caroline dit :

    si tu demandes tout ça c’est que tu as compris la complexité du soin. Bien sûr que c’est galère une toilette, c’est même sur ça que les élèves d’ancien programme se faisait régulièrement recalés en MSP. Quand tu seras plus à l’aise, tu te rendras compte que c’est sans aucun doute le soin qui rend le plus service au patient : sauf cas particulier et avec un traitement adapté, il ne doit pas faire mal, il agresse moins qu’une piqure, il rend un service direct au patient et il permet de faire tous les autres soins dans de bonnes conditions. Pour avoir été de l’autre coté, patiente à qui on fait la toilette, dans un moment difficile, je crois que je me souviendrai toute ma vie de cette sensation de bien être, de propreté et de se début de retour à un état sain après ma première toilette post OP (opération en extrême urgence). bon courage à toi
    Caroline( IDE depuis 10 ans)

  6. Thomas dit :

    Très beau témoignage qui en dit long sur les qualités que doit avoir un infirmier. Merci de nous faire partager votre quotidien et vos ressentis.

  7. Babeth dit :

    Pour nous, la toilette, c’est la base du soin aide-soignant. On passe notre année à être évalués sur la toilette… Autant te dire qu’on est au taquet! Tu as raison, c’est un soin compliqué, qui a l’air tellement simple pourtant…

  8. marie dit :

    Si tu te pose toutes ces questions c’est qu’au niveau du respect de ton patient tu es au top aprés tu n’as pas encore bien l’habitude d’en faire c’est pour cela aussi et en tant qu’IDE selon les service ou tu travaillera tu ne seras plus comment faire car tu n’en fera plus moi en tant qu’aide soignante je ne trouve pas que ce soit plus compliqué qu’un changement de pansement ou la pose d’une voie veineuse c’est une question d’habitude 😉 je bosse en soins a domicile et nos infirmières on des fois du mal face a certaines situations de toilettes quand elles rentrent dans la chambre alors que bon pour nous ça passe et à l’inverse et s’écoeure moins facilement face a des plaies complexes 😉 aprés limite ça ne devrait plus être votre base de boulot car vous avez quand même pas mal de taf et dans la vie réelle ce n’est d’ailleurs pas votre base mais la notre mais ça avant de la faire comprendre au plus haut placé ya encore énormément de chemin en tout cas courage pour la suite 😉

  9. marie dit :

    Aprés moi personellement j’adore faire les toilettes et les douches c’est le soin le plus complet aussi bien physiquement que psychiquement c’est un moment intime et d’échange les patients se dévoilent beaucoup lors de toilettes arrivent à exprimer leurs angoises et à se détendre et aprés une toilette ils se sentent beaucoup mieux et le verbalise il ne faut surtout pas oublié qu’il y a une personne avec un passée des valeurs des souvenirs sa vision des choses et ne pas catégoriser et mettre tout le monde dans le même panier

  10. sarrazin dit :

    Bonjour à tous. Je pense que cette gene est du au faitque vous ne le faites tt les jours , normal vous etes infirmer. Cest déjà merveilleux s
    d’ avoir des ide qui le font! je suis AS et la toilette qui vous fait si peur je la pratique tt les jours. Au débuts lors des stages la gene est aussi présente, on se pose pleins de questions, on oubli du matériel, on galère avec les gants etc . Mais apres on prend l’habitude et les bons reflets (du moin au mieux ) . Le faire a l’école et le faire tt les jours au travail c’est tellement différents. Du moment que vs faite preuve de bons sens , il ny a pas derreur. Il y a autant de façon de faire une toilette que de soignant(e)s . Alors vs en faite pas 😉

  11. Deret dit :

    En tant qu’ex-patiente, je me souvient que j’aimais ce moment.
    Étant branchée de partout et assez faible les premiers jours après l’opération, j’appréciais ces quelques minutes où je pouvais parler à quelqu’un.
    C’était un bonheur de sentir le gant passer sur les zones endolories pas l’inertie, en particulier le bas du dos et les talons.
    Sentir la saleté partir, commencer à reprendre un visage plus humain à mesure que les taches de bétadine quittent le corps, le plaisir d’avoir les cheveux propres, …
    C’est intéressante de voir ce geste de l’autre côté du miroir, les inquiétudes qui peuvent être ressenties pour un geste moins simple qu’il n’y parraît.

  12. Simplicité dit :

    Je ne sais pas si ça va aider u enfoncer une porte ouverte, mais peut être connaissez ou connaissiez-vous les écrits/le blog de « Ron l’infirmier » (je ne sais pas si ça existe toujours, c’est assez vieux, je me souviens juste que du jour où il a été publié tous ses écrits ont été retirés de l’accès au public et j’avais trouvé ça assez désagréables, même si maintenant c’est devenu la norme chez les blogueurs). Bref, tout ceci pour dire que je me souviens d’un de ses textes qui parlait de la toilette. Et notamment il abordait la gène qui peut exister entre le soignant et le soigné dans ces moments intimes. Je me souviens qu’il disait que contrairement à ce qu’on pouvait penser cette gène ne se combattait pas par plus de distance, mais justement par plus de proximité, qu’il ne fallait pas rester loin du patient (un peu genre du bout des doigts, du bout des bras) mais au contraire être au plus proche. Je regrette que ces textes ne soient plus disponibles et/ou que mon souvenir soit si imparfait, c’était intéressant à lire et présenté comme il le faisait ça paraissait tellement vrai et logique.
    Merci en tout cas pour vos textes, je prends beaucoup de plaisir à vous lire.

    • mg dit :

      Les textes de Ron l’infirmier ont été écrits par William Reyjault. Ils sont disponibles en livre de poche : La chambre d’Albert Camus, Quel beau étier vous faîtes !, Maman est-ce que ta chambre te plaît ?

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