Toi, là, tu m’as saoulé aujourd’hui.

Aujourd’hui, il y avait beaucoup de travail dans mon service. Des embolies pulmonaires, des suspicions d’IDM, des retours de réa et départs au bloc. Pleins de prises de sang, des hémocs, des gaz du sang, ECBU, beaucoup de perf (ce qui est rare chez nous), pose de cathé, .. Vraiment de quoi m’occuper la matinée.

Et moi j’ai eu le droit au relou de service.

Le patient qui me demande toute la matinée s’il doit prendre son doliprane. Il a le droit à 1 g de doliprane le matin pour ses douleurs. Il a mal à la gorge et a du mal à avaler. Je lui donne donc deux comprimés de 500mg. Vous me direz que le 1g est sécable mais comme il a mal à la main et ne peut le couper lui même, je ne préfère pas le couper avec mes mains potentiellement sales, donc je lui donne 2 comprimés de 500mg.  Jusqu’à preuve du contraire 2x500mg=1g. Oui mais voilà, il m’a saoulé avec cette histoire de comprimés. Son voisin de chambrée a le malheur d’avoir une opération compliquée sur la colonne. Pour le fun, il s’est rajouté une petite embolie pulmonaire et chauffait ce matin à 39.5°. Dans la chambre d’à coté, un monsieur revenait du bloc délirant, un redon qui donnait BEAUCOUP, un hémothorax et une embolie pulmonaire massive et une suspicion de tuberculose. Un petit peu plus loin, un paraplégique avait des soucis avec son drain d’hémothorax, chauffait à 39, 3°.

Comment vous dire ? On était plutôt occupé, particulièrement avec son voisin. A chaque fois que je rentrais dans la chambre pour voir le voisin, il me demandait s’il devait prendre ses comprimés. Les deux? Un seul ?

– Non, mais, vous comprenez moi, je n’ai qu’un tout petit peu mal, alors vous pensez que je dois prendre les deux?

-Vous ne devriez pas attendre d’avoir très mal. Vous avez vos douleurs aux cervicales et vos douleurs de gorges, peut être serait-il  raisonnable de prendre les deux. C’est juste du doliprane. Vous avez une prescription pour les deux. Prenez les deux.

Je le dis avec douceur et un grand sourire.

– Je ne sais pas, j’hésite pas. C’est vrai que j’ai un peu mal mais bon…

-Ok comme vous le sentez.

Le sourire faiblit.

Je vais m’occuper des hémocs du voisins, je mets donc le rideau de protection entre les deux lits. Mon patient ne tolère pas très bien la température élevée. En même temps que je prépare mon 4 temps de désinfection, je lui parle, j’essaye de le rassurer.

A travers le rideau:  » Moi ce qui me gène c’est pour le foie, ça ne doit pas être bon de prendre tous ces médicaments. »

« Vous prenez 3g par jour de doliprane, ça reste raisonnable, ne vous inquiétez pas. »

« Oui mais ça se ce que vous voulez me faire croire. Je sais que les médicaments c’est pas bon pour le foie. »

Je commence à perdre patience mais pique sereinement le patient qui n’est pas bien et qui attend qu’on s’occupe de lui.

J’entends le patient de la chambre à coté qui n’est pas bien. Il y a de l’agitation. Je me dépêche pour aller les rejoindre et aider.

 » Et si je ne prends qu’un seul cachet, c’est mieux non ? »

« Vous voyez comment vous gérer la douleur. Si vous n’avez pas mal, n’en prenez qu »un. » Concentration sur mes bouteilles, je fais un bilan en même temps et suis donc attentive au sens des tubes.

« Ah bah, si j’ai pas mal, alors je ne prends rien. Pourquoi vous dites si vous n’avez pas mal, vous n’en prenez qu’un. » Ça le fait sourire. Ça m’énerve. Ça a le mérite de faire sourire le patienter que je suis en train de piquer.

« … »

« Bon, on en revient au même, je ne sais pas ce que je fais. »

J’étais sur le point de quitter la chambre. Je suis plus que saoulée par cette tergiversation que, là, sur le moment, je n’arrive pas à comprendre. Je prends mon ton de maman autoritaire:

« Ecoutez, la prescription médicale dit 1g de doliprane toutes les 6 heures. Prenez vos médicaments. »

« Oui, vous avez raison, c’est le médecin qui a dit. »

Je sors. Je reviens plus tard pour contrôler l’état de mon patient fiévreux. Je vois que mon patient douloureux-peut-être-un-peu-mais-pas-trop-mais-un-peu-quand-même n’a pris qu’un doliprane sur deux. Je ne lui en parle pas. Le médecin passe à ce moment et j’entends au travers du rideau.

« J’ai mal docteur, si vous saviez comme j’ai mal. »

Demain, son doliprane, je lui colle en suppo.

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4 commentaires pour Toi, là, tu m’as saoulé aujourd’hui.

  1. Et là, tu as envie de le noyer…
    J’aime aussi le « Docteur, je suis pas allée à la selle depuis deux jours/j’ai ici/etc » : tu as demandé quand il/elle est allée à la selle, il te répond et te dit en plus « vous en faites pas j’ai toujours eu le transit un peu long », ou alors pour la douleur « c’est juste une petite gêne, je vous sonnerai si j’ai plus mal… ».

  2. chonchon dit :

    hihi ! trop drole ! quand je dis que les psy on les soigne aussi en service d’hospi !!

  3. sennepin franck dit :

    Et encore, ce n’est qu’un gramme de doliprane avec un patient un peu ….. . Pense à un patient qui décuve et qui réfléchit à prendre de la morphine, là ça pique un peu plus :p .

  4. Tigresse dit :

    Criant de vérité aussi, comme le portrait de l’infirmière désagréable/incompétente… même si on n’en rencontre pas des tonnes (et on en est content d’ailleurs).

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