Ma vie d’avant: la banque. (2)

La suite de ma vie à la banque.

Me voilà propulsée avec un portefeuille de client et des objectifs à atteindre.

  • Il y a mon client distrait qui m’apporte une boite de chocolat à Noël. La boite est encore dans le sac en plastique, je le remercie, je la pose sur le coté. On fait notre rendez-vous. Il demande un prêt. Il est un peu limite financièrement mais je vais essayer de faire passer son prêt. Il part. J’ouvre le sac de la boite de chocolat. Dedans, il y a le courrier d’une autre banque qui l’informe que son débit est trop important et qu’un chèque va être rejeté. Donc le prêt, ça va être compliqué maintenant que je sais ça. Acte manqué ?
  • J’avais un client qui venait toujours en rendez-vous avec sa sœur. Elle me regardait toujours avec un air méfiant. Elle attendait des jumeaux. Il avait l’air fière d’être bientôt tonton. Un jour, il vient pour un contrat de prévoyance sans elle. Je lui demande si sœur a accouché. « Vous aviez compris que ça n’était pas vraiment ma soeur? » Moi d’un air entendu alors que je tombe des nues avec ma grande naïveté: « Bien sûr, d’ailleurs vous voulez que l’argent du contrat de prévoyance aille à votre épouse ou à votre « sœur » ? On peut faire deux contrats si vous voulez. » (Bingo les objectifs !) Penser à ne pas faire de gaffe quand il vient avec madame.
  • Un jour, une jeune fille étrangère vient avec une monsieur pour ouvrir un compte. Je regarde les papiers, son visa est expiré, je ne peux pas ouvrir de compte. Le monsieur m’explique qu’effectivement ses papiers ne sont pas en règle, qu’elle a fait une demande d’asile qui a été refusée mais qu’elle voulait rester en France. J’explique à ce monsieur que les demandes d’ouvertures de compte sont contrôlées et que là clairement son ouverture sera refusée. Il me demande comment ça se fait que d’autres sans papiers ont des compte bancaires. Je lui explique qu’il faut le papier de demande d’asile qui est valable un mois donc dans le premier mois de la demande. Avec ça, on peut ouvrir le compte. On doit normalement redemander les papiers quand ils sont valides mais que, franchement, on a quasiment jamais le temps de le faire. Dans la semaine qui suit, un groupe de 7 personnes, demandeurs d’asile, arrivent à l’accueil, ils veulent TOUS prendre rdv avec moi. La dame de l’accueil dit que ce serait plus simple et rapide que plusieurs personnes les reçoivent. « Non, on veut Des idées d’IDE. » Pas grillée du tout !
  • Du coup, un jour que j’étais dans mon bureau sans rdv, j’entends ma collègue qui dit: »Lui c’est pour Des idées d’IDE, elle aime faire du social. » Ma collègue se met à l’entrée de mon bureau: « Dis, tu es disponible pour un roumain qui veut ouvrir un compte maintenant? »  » Vas-y, fais le entrer. » Mon prospect entre, il n’a pas l’air roumain, effectivement, il est serbe. Il est grand, plutôt baraque, je cherche quel est son métier dans le bâtiment, ma « spécialité. »
    « Que faites-vous dans la vie ? »  » Moi, jourfoute. » Jourfoute en serbe ? Maçon ? Plaquiste ? Plombier ? « Jourfoute, je suis désolée je ne connais pas. » « Moi jourfoute dans équipe de votre ville. »
    « Joueur de foot ? Dans l’équipe de notre ville ? »  » Oui. »
    Me voilà donc avec un « cas social » qui passait en ligue 1 et qui gagnait 15 000 euros/mois, hors prime.
  • Me voilà affectée dans une agence d’une ville près de chez moi dont on entend régulièrement parler aux infos pour ses règlements de compte de barons de la drogue. Voilà qu’un client rentre dans mon bureau et me dépose une montagne de billets en vrac.  » C’est pour un dépôt. »  » Ok alors, d’abord je vais vous demander de les mettre en petits paquets : les 100 avec les 100, les 500 avec les 500, etc… et puis le dépôt se fait au guichet. Moi je ne prends pas les billets. Toutefois, je suis dans le devoir de vous préciser qu’en France, il n’y a pas de secret bancaire, et que la banque et l’administration fiscale communiquent entre elles. Vous comprenez que je me vois dans l’obligation de vous demander un justificatif pour ce dépôt. Vous avez vendu une voiture ?. » « Euh, non. C’est perso. » Bien, bien, bien, le fisc va apprécier cette justification…Je lui précise que pour de tels montants, forcément l’administration fiscale va être au courant, « vous avez compris? » « Oui madame. » Non, il n’a rien compris, il est venu toutes les deux semaines faire un dépôt exorbitant et j’ai dû faire des déclarations dans ce qu’est l’usine à gaz TRACFIN.
  • Une de mes clientes, débitrice chronique, est en vacances. Un matin, je vois qu’elle est ultra débitrice. Je vais voir un peu les mouvements, une dizaine de retraits de 50 euros en une journée. Bon, je vais voir: le distributeur est situé à l’intérieur d’un casino de la ville où elle est en vacances. Je bloque la carte. A son retour, elle me dit que ça n’était que des dépenses pour ses enfants. « Faut bien les nourrir, vous savez madame. » « Je n’ai pas jugement sur votre façon de dépenser votre argent, juste, s’il vous plait, de me prenez pas pour une imbécile. Je vois bien que ça n’est pas pour les courses et que c’est un casino. Ça n’est pas grave mais comprenez que je ne pouvais pas vous laisser flamber alors que vous venez tout juste de remonter  la pente.. » Elle répond avec toute la justesse digne d’un membre l’Actors studio. « Mais madame, si c’était un petit casino, le magasin pour faire les courses pour manger. » Elle insiste.
  • Dans le même genre, il y avait une cliente que j’avais soutenu. Je lui avait donné un agenda et aidé dans celui ci à gérer ses dépenses. Elle remonte la pente alors que tout le monde à l’agence pensait qu’elle serait perpétuellement débitrice. Je suis super contente pour elle quand elle a sur son compte un mois d’avance. Elle sort de l’interdiction bancaire et vient me demander un chéquier. Je lui dis que c’est peut être un peu tôt et qu’elle devrait patienter un peu. Je pars un mois en vacances. A mon retour , j’ai ma chef qui m’appelle dans son bureau. « Bon alors, ta cliente est venue à l’accueil demander des chéquiers, comme tu n’avais pas mis de blocage à la délivrance de chéquier, on lui en a donné 2. Bon ils sont tous utilisés. » Je vais voir l’état du compte. Elle a passé les deux chéquiers 33 formules en quelque jours dans les boutiques chics de la villes. Montant moyen des chèques: 300/500 euros. Les boules. On pourrait croire que c’est une grande arnaqueuse mais à chaque fois qu’on nous parle de trouble maniaco dépressif à l’IFSI, je pense à elle. Je lui avais conseillé de se mettre sous curatelle mais n’a pas voulu.
  • En parlant de ma chef, un jour on a eu des soucis avec toute une équipe d’étudiants chinois qui se refilaient les chéquiers, étaient débiteurs et son repartis dans leur pays en laissant l’ardoise. Conclusion de ma chef: plus de chinois. Je propose qu’on ne leur laisse pas de chéquier simplement. Non, PAS DE CHINOIS. Ok. Un jour, alors que je suis ne train d’ouvrir un compte, ma chef m’appelle.
    « Qu’est ce j’avais dit ? Pas de chinois. »
    « C’est à dire que, là, elle est coréenne, ingénieure et a un contrat de 2 ans avec une grosse boite. »
    « PAS-DE-CHI-NOIS ! »
    Mais elle vous dira qu’elle n’est pas raciste. Je suis sûre qu’elle a une amie plus noire qu’une arabe (copyright Nadine Morano)

@ suivre..

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6 commentaires pour Ma vie d’avant: la banque. (2)

  1. farashatun dit :

    J’adore tes anedoctes (à part les situations de la dame maniaco dépressive et ta cheffe anti asiatique, grrrr), j’ai bien ri pour le cas social roumain lol !
    En tout cas ça me rappelle les anedoctes de mon boulot aussi, même si ce n’est pas le même contexte, tu verras que t’auras pleins d’anedoctes à raconter sur tes patients aussi.
    Et je te trouve très courageuse d’avoir abandonner ton poste à la banque pour te lancer à l’IFSI, bravo.
    Et pour la route une petite histoire dont je me rappelle, dans le même genre que le « tonton » et sa soeur enceinte : en mater, je quitte une chambre où les parents étaient visiblement très amoureux (c’était câlins dans le lit et compagnie) et le papa très fier de son bébé, bref un charmant petit couple. Je vais dans le poste de soins et un monsieur arrive demandant la chambre de cette maman. Ma collègue lui indique le numéro de la chambre en ajoutant qu’elle était avec son mari. Et là le monsieur nous sort d’un ton glacial « impossible c’est moi son mari… » … oups boulette lol.
    Enfin en mater ça doit arriver souvent je pense, lors d’un stage, un papa assez âgé m’avait demandé que je fasse un prélèvement sanguin à son bébé, à l’insu de la maman (très jeune lol) pour faire un test de paternité, moyennant finance, mais bon j’ai refusé bien sûr lol. J’étais très triste pour ce monsieur qui doutait de sa paternité.

  2. Roumain dit :

    « il n’a pas l’air roumain »
    c’est comment, « l’air roumain » ?
    moi, en tant que roumain, de quoi j’en ai l’air ?

    • Je comprends ce que tu veux dire. Si tu préfères:  » Je ne vois pas ce qui fait dire à ma collègue qu’il est roumain sans voir eu sa pièce d’identité en main. » c’est mieux?

      • Roumain dit :

        Mais ce n’est pas de votre collègue qu’il s’agit dans cette histoire. C’est bien vous qui devriez avoir la gentillesse de m’expliquer en quoi consiste „l’air de roumain“, puisque c’est vous qui avez constaté plutôt l’absence d’un „air de roumain“ chez votre personnage.

        Merci de m’éclaircir là dessus.

      • On a forcément des images représentatives des habitants d’un pays que l’on y soit allé ou pas. Un américain qui s’attend à voir un français cherchera un homme avec une petite moustache et un bérêt. Français que je n’ai jamais vu mais c’est cette représentation qui existe.
        Je ne suis jamais allée en Roumanie (même si j’ai pourtant beaucoup voyagé) donc quand ma collègue me dit un roumain, je cherche les représentations françaises du roumain. je place donc sur la tête le panel de tête de roumains que j’ai pu croiser dans ma vie (à titre perso, pro et vu à la télé.) je te rajoute un panel de visage de roms car en France il y a l’amalgame. J’en arrive à la conclusion que non, je ne vois pas ce qui fait dire à ma collègue que ce monsieur est roumain, à part un vague accent de l’est.
        La moral de mon anecdote est: l’association roumain cas social c’est de la merde et quand tu n’es jamais sortie de ton département, abstiens toi de poser un nationalité sur une personne.
        Il aurait été préférable que ma collègue me présente ce monsieur ainsi: « Il y a un prospect qui veut ouvrir un compte, tu es dispo ? » parce que moi concrètement, la nationalité ou origine ds gens, je m’en fous un peu. Je me suis posé que parce qu’il m’a été présenté ainsi.
        Je pense que si ma collègue me l’avait présenté comme un suédois, je me serais posé les mêmes questions:  » Mais pourquoi dit elle suédois ? »

  3. Laelle dit :

    Trop bon !

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