Ce qui devait arriver, arriva.

En préparant le concours, j’y avait réfléchi et je savais que ça devait arriver. En arrivant en EHPAD, je me doutais bien que j’allais y être confrontée.

Ce matin, j’arrive sur mon lieu de stage. L’infirmière que je devais suivre est là. Elle me l’annonce. Notre petite centenaire est décédée cette nuit.

Je préparais un petit billet sur elle. Elle était amusante avec ses petits regards. Ces derniers temps, elle me lançait un regard puis baissait brusquement la tête et la relevait en me jetant un regard malicieux. Mais depuis quelques semaines, elle ne me parlait plus. Enfin pas qu’à moi en fait. Juste ces petits regards. Hier, en allant faire la piqure d’insuline, je lui ai dit : « Dites donc, vous ne seriez pas en train de me faire la tête, que je ne vous entends plus me parler. » Elle m’a répondu :  » Ça me fait mal » au moment même où je lui faisais l’injection et a rebaissé la tête. Notre dernier petit dialogue.

J’ai passé ma journée normalement. Je suis allée la voir, pour un dernier au revoir. On a travaillé comme d’habitude. J’étais bien. Une femme qui a vécu jusque 100 ans, qui avait globalement toute sa tête et qui était pas mal physiquement pour une femme de 100 ans, qui meurt sans souffrance apparente dans son sommeil, c’est l’idéal.

On a vu sa famille. Ils étaient dans la retenue mais peinés. Mais j’ai su leur accorder quelques mots avec le sourire. Je n’étais pas très touchée. Une sorte d’empathie cognitive.

Et puis en partant, j’avais mon sac sur le dos, je commençais à dire au revoir. Et puis je vois les personnes des pompes funèbres arriver. Tout les résidents n’étaient pas au courant du  décès. Pour éviter le choc de voir partir le corps, on a décidé de mettre un grand chariot devant la salle où étaient la plupart des résidents et puis j’ai essayé de les distraire. Mais quand j’ai vu le lit passer avec le drap enveloppant le corps, j’ai été touchée. Et puis une dame a vu passer le corps et s’est écrié : « ha muerto ! » Elle est espagnole. J’ai été touchée aussi par son angoisse. Une fois tout fini, je suis allée la voir. Je lui est expliqué qu’effectivement notre petite centenaire était morte. Elle ne savait pas très bien qui c’était car n’était pas forcément à la même table ou aux mêmes activités. Mais ça touche de savoir qu’une personne qui vit pas très loin de vous est décédée. Et peut être que cela l’a mise face à sa propre peur de la mort.

En plus aujourd’hui, on a une autre résidente qui se laisse un peu aller (celle qui avait le thermomètre…) et sa famille était là. Ils avaient peur de devoir se préparer à sa mort et sont venus nous en parler. Cela m’a aussi beaucoup touché.

En me mettant dans ma voiture pour rentrer, j’ai eu les larmes aux yeux.

Aujourd’hui, c’était ma première fois. La première fois que je voyais une personne morte de ma vie. Je suis touchée par cette mort plus que je ne le pensais. Ça m’a fait du bien d’aller récupérer mes enfants tôt et profiter d’eux un peu.

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3 commentaires pour Ce qui devait arriver, arriva.

  1. Laelle dit :

    Faire cette formation nous transforme totalement, dans le sens on l’on appréhende la vie complètement différemment ensuite. En tout cas, c’est l’impression que ça m’a fait !

  2. Thomas dit :

    Tous les soignants sont confrontés un jour ou l’autre à la mort. Cela nous rappelle que leur métier ne se limite à apporter des soins ! Ils jouent un rôle auprès des malades comme des familles et des proches.

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